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Situation d’ensemble au sud-est marocain entre 15 avril — 15 mai 1929

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Situation d’ensemble au sud-est marocain entre 15 avril — 15 mai 1929

La pacification s’accentue de la manière la plus heureuse, avec une souplesse de méthode et de moyens qu’accusent particulièrement les événements du mois écoulé. L’ordre est solidement rétabli sur le front du Moyen Atlas, dans le Secteur d’Ouaouizert, où la tribu des Aït Isba, la plus guerrière dans la montagne berbère, a subi un échec sévère ; en pays insoumis sévit une nouvelle crise d’anarchie qui multiplie les conflits, divise les tribus et les chefs.

Les Aït Ouirrah, du groupe Aït Seri, accueillent à coups de fusils les envoyés de Mohammed ben Taïbi et par ailleurs le soutiennent dans sa querelle contre Si Hocein ou Temga son rival.

Des alliances et des rivalités traversent simultanément les deux grandes confédérations opposées Aït Seri et Aït Sokman.

Sur le Haut Ziz dans le Grand Atlas, à près de 2.000 mètres d’altitude, l’occupation d’El Bordj, le 29 avril, marque une nouvelle avance en pays Aït Yafelman, au-devant des routes de Tounfit et d’Itzer vers nord-ouest,

Le nord-ouest, oasis du Ghéris vers ‘le Sud-Ouest, celles-ci déjà travaillées par les postes récemment installés plus au Sud à Tarda et Guefifat.

Sur le front du Draa, le 17 mai, des goums, aidés d’aviation, ont rejoint l’élément makhzen, déjà poussé en pointe vers le Nord-Est à Kelaa des Mgouna sur le Dadès, à 80 km en amont de Taourirt du Ouarzazat. C’est un nouveau contact avec les Aït-Atta, c’est une nouvelle étape sur la route du Ghéris à la rencontre des troupes du Ziz, par le défilé d’Imiter, le Todhra et le Ferkla, sur un terrain propice à l’emploi de l’aviation et des éléments motorisés.

Il est vrai qu’on s’élève à 1.520 mètres d’altitude au défilé de Foum el Gous n’Tazaoult, entre le bassin du Draa et celui de Ghéris, mais de Foucauld qui l’empruntait en 1884 écrit dans son précieux livre « Reconnaissance au Maroc » « d’Imiter au Todhra « le sol est uni, sables roses, mêlés de pierres, raies au « début, plus nombreuses à mesure qu’on avance vers l’Est ».

Du Todhra jusqu’au Ziz, par la Zaouïa de Sidi el Haouari du Ferkla à 1.226 m. Guehnina du Ghéris à 1.222, puis Tarda à 1.238, c’est la plaine encore, se-niée des oasis qui bordent les oueds sahariens. Long couloir, resserré au départ du Dadès, et qui va «’élargissant vers l’Est en deux larges degrés, des pentes du Sagho aux premiers échelons du Grand Atlas.

Mais déjà le chef de la région de Marrakech rend compte que la liaison par avion est possible entre la Kelaa des Mgouna du Dadès et les postes du Ziz qui ont frontière commune dans la région du Guir, sont là au contact de la même dissidence, celle du Sahara occidental qui commence au Tafilalet et s’étend sur d’immenses espaces jusqu’au Rio de Oro en Atlantique.

Donc, contre un ennemi commun, mobile, insaisissable, obligatoirement nous opposons côte à côte deux régimes politiques différents, deux organisations administratives, deux commandements militaires.

De cette dualité en de si divers domaines, peuvent naître et sont nés parfois des imprécisions, des équivoques, des divergences, des oppositions même, aussitôt exploitées, par soumis et insoumis qui ont entre eux toutes les complaisances ; c’est, il faut bien le reconnaître, le lot de toute mitoyenneté, éveillant des subtilités et des susceptibilités inévitables, Mais s’il ne peut s’agir de procès de mauvais voisinage, il n’en subsiste pas moins pour le commandement à tous les degrés un souci de plus, une obligation de fréquentes rencontres pour de fréquentes mises au point.

C’est à ce souci que M. Bordes et M. Saint ont répondu en décidant de se rencontrer à Colomb Béchar, le 8 mai, entourés de tous leurs collaborateurs traitant de questions du Sud depuis A ïn Sefra jusqu’à Marrakech.

La conférence a réglé le droit de poursuite par-dessus des frontières toutes conventionnelles, elle a jeté les bases d’un plan de liaisons, de communications, susceptible d’aider à une action commune des éléments de police algéro-marocains sur la Hammada, immenses parcours gardés de tous côtés par de rudes falaises et qu’il s’agit d’articuler en commun pour en supprimer l’obstacle.

Elle a déterminé le régime de surveillance et de contrôle du groupement Doui Menia qui, soumis mais ayant ses biens au Guif autant qu’au Tafilalet, erre tantôt en territoire algérien, tantôt en territoire marocain, commerce avec l’adversaire à la faveur de trêves autorisées, et n’a d’autre but que d’exploiter à son seul profit une situation particulièrement complexe.

Les conférants ont envisagé un accroissement important des moyens mécaniques pour la pacification des confins ; la mise en œuvre du matériel motorisé a déjà été exposée à plusieurs reprises au Bulletin, on verra plus loin ses modalités d’emploi au contact du front du Draa.

Enfin, ils ont émis un vœu favorable au prolongement de la voie ferrée de Colomb Béchar sur Bou Denib.

On a dit ailleurs à ce propos, que le chemin de fer était un instrument de pacification. Certes, il concrétise l’occupation, il la dessine d’un trait ferme sur le sol, il attire à lui gens et marchandises, créant autant de liens de protecteur à protégé. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’aventure jamais qu’en pays soumis, il parfait le travail que l’action militaire a ébauché avant lui.

Pour justifier la décision qui prolongerait le rail de Colomb Béchar jusqu’à Bou Denib et de là jusqu’au Ziz, on a même écrit qu’aussitôt construite, aucune insulte n’avait jamais atteint la voie du Sud Oranais.

C’est qu’on mit à l’édifier une sage circonspection. En 1881, on la poussait de Saïda jusqu’à Méchéria, pour aider au ravitaillement des troupes engagées contre les Ouled Sidi Cheikh ; 139 km furent ainsi construits en 235 jours » Mais la voie n’atteignit A ïn Sefra qu’après l’occupation de Djenién bou Resg, sur le revers sud de l’Atlas, rejoint en 1887.

Les brigandages n’en continuaient pas moins. Le Gouverneur Général Jonnart, désirant se rendre compte lui-même de la situation, était assailli le 31 mai 1903 par les habitants de Zénagà, l’un des ksours de Figuig.

Il avait quitté le rail au terminus de Duveyrier. Il fallut l’occupation de Befguent, 15 juin 1904, de Forthassa Gharbia, mars 1904, dé Tàlzazà, 1905 pour assurer la protection éloignée des territoires algériens et de leur chemin de fer »

Ce ne fut qu’en 1905 qu’on résolut de prolonger le rail jusqu’à Béchar, occupé le 13 novembre 1903. Il y arrivait en juillet 1905 pour être inauguré le 15 octobre. Prudemment, la ligne de ravitaillement se couvrait d’une ligne de défense active, qui, bien à l’avant vers le nord et vers l’ouest montrait de solides effectifs pour en éviter l’emploi.

Tel fut le secret de la parfaite sécurité qui depuis n’a cessé de régner sur le trajet d’Aïn Sefra à Colomb Béchar (256 km.)

Judicieusement, la Conférence du 8 mai s’est, elle aussi, préoccupée de s’assurer de la maîtrise de la Hammada avant d’étirer le rail de Colomb-Béchar à Bou– Denib et au Ziz, sur une distance de plus de 250 km en flanc d’espaces désertiques, où faute de ressources et de population le réseau de surveillance est obligatoirement maintenu à larges mailles, perméables aux coups- de main et aux djiouchs.

D’ailleurs, concurrencé aujourd’hui par la piste et par l’auto, en rivalité encore avec les voies marocaines construites ou à construire, de la Moulouya et de Bou Arfa pour le ravitaillement des troupes d’occupation que des moyens motorisés permettront de réduire au strict minimum, le chemin de fer de Bou Denib demeurera, s’il se construit, une voie de communication essentiellement militaire, malgré qu’il s’approche d’une région riche en minéraux et des oasis surpeuplées du Sud marocain qui trouveront par là une voie rapide ouverte à leurs exodes saisonniers.

Quoi qu’il en soit, on ne peut que souhaiter que la Conférence à deux de Colomb-Béchar s’augmente prochainement d’autres partenaires, A.O.F. et Espagne, parties prenantes à l’action de pacification du Sahara occidental. Ainsi se réaliserait contre un adversaire unique une unité de front et une coordination des moyens, seules susceptibles d’en avoir raison dans le moindre temps et au meilleur compte.

Secteur Sud-Est ou du Ziz (Cercles de Bou Benib et de Kerrando).

Occupation des Aït Yakoub et dElBordj (29 avril). — L’opération déjà relatée au précédent bulletin marque l’aboutissement d’un heureux travail politique en pays Aït Haddidou, presque aux sources du Ziz, au contact des Aït Yâhia qui, sur le revers Nord du Haut-Atlas, défendent encore les passes de Tounfit d’où divergent les routes venant du sud vers la haute Moulouya et vers Fès par notre front de Midelt et d’Itzer.

On se rappelle, en effet, qu’en octobre-novembre 1928, l’agitateur Mohammed ben Tâïbi, venant de l’oued el Abid, était passé au Sud de l’Atlas pour y réchauffer le zèle de ses partisans du Ziz.

Sa rivalité dans le Moyen Atlas avec Si Hocein ou Temga l’avait bientôt rappelé vers le Nord devant le front de Ksiba ; remettant à son neveu Si Aomar la défense de ses intérêts en pays Aït Haddidou, il laislait les tribus indécises, divisées et surtout lasses d’être « mangées » par ses partisans et bombardées par nos avions.

Les relations se rétablirent entre les insoumis des villages les plus proches de nos lignes : Taguêndoust, Igli el Bordj sur le Ziz en amont de Mzizel ; Tanghrift, Idalioun, Asfrakou et Aït Yakoub sur les hautes vallées tributaires et nos postes avancés de Mzizel et de Sidi Hamza qui couvrent, vers l’ouest, la grande route Stratégique d’Erfoud à Midelt par le n’Telghemt.

Conversations d’abord, puis groupement des bonnes volontés, constitution de corps de partisans au plus près : à Taguêndoust à Tanghrift, à Idalioun ; protection lointaine ébauchée par notre aviation dont les bombardements allaient répliquer plus en amont aux menaces des irréductibles ; amorce de pistes de liaison, reconnaissances de forces supplétives, enfin occupation assurant aux nouveaux ralliés la protection directe sollicitée à plusieurs reprises ; tel fut, une fois de plus, le processus de cette nouvelle avance qui relève, non de l’esprit de guerre et de conquête, mais de la volonté de pacifier, d’ordonner un pays anarchique dangereux pour lui-même autant que pour les populations contiguës déjà soumises.

Tous les villages désormais soumis, à quelque 25 km, en amont de Mzizel ou de Sidi Hamza sont en pleine montagne à près de 2.000 mètres d’altitude, sur le versant sud du Djebel Ayachi qui culmine à 3. 500 m. Le 25 et les jours suivants, l’aviation bombardait les Aït Yahia de Tounfit et les groupements hostiles du Haut Ziz.,

Le 26, une reconnaissance de forces supplétives poussait de Zaouïa Sidi Hamza et Tanghrift jusqu’au I Sud d’Idalioun ; elles s’installaient, le 28 avril en amont, aux Aït Yakoub ; le 29 un détachement de troupes régulières venait les renforcer.

Le même jour, de Mzizel, un groupe supplétif remontait le Ziz, pour occuper el Bordj (22 km. O.N.O. de Mzizel). Dans l’après-midi la liaison était effectuée entre El Bordj et A ït Ya koub.

Un bureau d’affaires Indigènes est créé à El Bordj, baTrant la route du Haut Ziz ; il poursuivra l’action -politique sur les Aït Haddidou et Aït Yahia du Haut Ziz et sur les Aït Moghrad du Haut Ghéris ; 2 postes militaires l’étayent, l’un aux Aït Yakoub qui commande la piste des Aït Yahia, l’autre dominant El Bordj et le confluent du Haut-Ziz avec la vallée qui descend des Aït Yakoub.

Les réactions autour d’El-Bordj. — Dans la nuit du 29-30 avril une reconnaissance se heurte au nord d’ElBordj à un parti Aït Yâhia des villages de Tazarin et Anfergan du Haut-Ziz ; un de nos partisans est tué, l’autre blessé.

Le 6 mai, quelques rôdeurs apparaissent aux environs d’El-Bordj et d’Igli, repoussés par les gardes indigènes locales. Le 7, des rassemblements se forment à environ 15 km. au nord et à l’ouest d’EI-Bofdj. Dans la nuit du 8/9, un djich sabote à l’arrière la ligne téléphonique de Rich à Mzizel. Le 9, les habitants d’Igli (36 km. Ouest de Mzizel) échangent des coups de feu avec les insoumis ; le 10, un rassemblement de 300 fusils formé autour de Si Taïeb, fils de Mohand ou el Hadj, ex-secrétaire et homme de confiance de feu Ali Amhaouch et chef de la Zaouïa de Sidi Yahia ou Youssef, proche de Tounfit, tente d’attaquer par traîtrise notre poste d’El Bordj. H est repoussé mais la réplique coûte à nos troupes 1 sous-officier et 2 soldats indigènes tués, 1 sous-officier, 4 soldats européens et 4 soldats indigènes blessés. L’adversaire laisse 14 cadavres sur le terrain et emmène le double de blessés.

Le 12 une tournée de police pousse sans incident jusqu’à Igli et recueille de nouvelles soumissions ; cependant des rassemblements persistent au Tizi Maoutfoud, col sur la route de Tounfit à Tazarin, proche des sources du Ziz et sur le Haut Ghéris où Sidi Aomar ne reste pas inactif.

Plus au Sud, les Aït Moghrad des districts de l’Amsed et du Tadighoust, sur le Moyen Ghéris, vont occuper Idelsen, carrefour de pistes au nord-ouest de Tarda entre le Ziz et le Ghéris. Bombardés par l’aviation ils se dispersent.

Attitude des groupements et des notables. — Dans le groupe Aït Yafelman, on signale un projet de réunion entre notables Aït Moghrad et Aït Haddidou, à Sidi Bou Yakoub, dans le Haut Ghéris à 75 km. Sud-Ouest deMzizel ; les AïtHammou y assisteraient ; SidiAomar neveu de Taïbi, en prendrait la présidence.

Basso ou Haddi et Ou Skounti, notables A ït Moghrad tentent de faire évacuer le pays entre Tarda et le Tadighoust, district du Ghéris, en vue de soustraire les populations Aït Moghrad à l’influence de notre action politique.

Les Aït Haddidou en appellent encore une fois à Mohammed ben Taïbi.

Un indigène de la Zaouïa de Sidi el Haouari du Ferkla ébauche une propagande chez les Aït Haddidou de Tazarin, à 40 km. à l’ouest de Mzizel.

Dans le groupe Aït Atta, les A ït Yazza du bas Ferkla sur la route du Todhra discutent de la conduite à tenir à notre égard et s’en tiennent à une prudente expectative.

Au Djebel Sagho, au sud du Ferkla du Todhra et du Draa, les tribus se divisent entre partisans et adversaires d’un nouvel agitateur Sidi Taïbi, venu du Sud.

Au Tafilalet, Belgacem Ngadi et ses partisans marquent une certaine activité sur les lisières du Tizifni et du Fezna soumis; dans le sud il rançonne le district du Ghorfa.

Les Aït Hammou se déplacent en direction de l’Assif Melloul tributaire de l’oued el Abid.„

Bref, s’il y a recrudescence d’agitateurs, aucun d’eux, ne réunit une majorité inquiétante et tous ne marquent que le souci de tirer égoïstement profit des événements.

Secteur Central ou du Moyen Atlas. — (Annexe de Midelt, Cercles d’Itzer, des Zâïans, de Ksiba, de Béni Mellal et d’Azilal.

Les djiouchs sont nombreux, près d’une trentaine dans le mois et particulièrement actifs sur les fronts des Cercles des Zaïans et de Ksiba.

Certains pénètrent même profondément en zone soumise ; on en signale atteignant les environs d’Azrou, de Khénifra, de Kasbah Tadla et de Sidi Lamine.

Dans notre camp les pertes pour le mois sont légères : 1 tué, 2 blessés dans les forces supplétives; 3 tués, 3 blessés, 2 prisonniers chez nos partisans ou nos soumis ; l’adversaire compte 13 tués, 9 blessés ; 5 fusils ont été récupérés.

Les soumissions toujours peu nombreuses se réduisent à une dizaine d’isolés.

A signaler particulièrement l’attaque hardie de la kasbah d’Igher Zoulmano, sur la rive droite de la Moulouya, à 16 km. au N.E. d’Arbalou Nserdane, menée dans la nuit du 10 au 11 mai par un parti de 50 piétons et cavaliers Béni Mguild insoumis, conduits par leur chef Ali ou Raho qui est tué dans le combat.

En zone insoumise, la situation se complique de multiples conflits ; devant Ksiba, les A ït Ouirrah accueillent à coups de fusil le chef que Mohammed ben Tàïbi leur a désigné.

Il y a désaccord aussi pour une question d’emplacement de marché qui provoque contre l’agitateur l’alliance de fractions A ït Ouirrah et. A ït Sokhman, mais par ailleurs les deux tribus en viennent aux mains sur l’Oued Aghzif, au S. E. de notre poste du Beho, entre partisans et adversaires de Si Hocein ou Temga.

Devant Taghzirt, il y a querelle entre Aït Mohand insoumis et les tribus en trêve avec nos postes.

Sidi el Mekki, fils de feu Ali Amhaouch, combat l’influence de Si Mohammed ben Taïbi chez les Aït Abdi du Haut Oued el Abid. Tous les faits du mois témoignent de l’endémique anarchie du Moyen Atlas qui s’est montré incapable de porter secours à la tribu Aït Isha, la plus belliqueuse du groupe, récemment engagée et battue sur le front d’Ouaôuizert lors des événements rappelés dans le précédent bulletin.

Secteur Sud-Ouest ou du Draa. — Zone d’influence Glaoua.

On signale quelques troubles locaux chez les Imghan et les A hl Dadès. L’assassinat d’un notable Aït Atta, à Imitef sur la route du Dadès au Todhra, éveille une certaine émotion chez les partisans Aït Soddrat et Mgouna du Moyen Dadès.

Là 17 mai, les partisans Glaoua, soutenus par 2 goums et l’aviation, occupent la Kelaa des Mgouna du Dadès, à 80 km. au N. E. de Tàourirt du Ouarzazat.

Un poste d’Affaires Indigènes y est aussitôt créé en vue de l’action politique à exercer sur les Aït Atta, déjà touchés par le front du Ziz.

Il convient ici de souligner le rôle particulier de l’aviation agissant loin de toute troupe régulière, en liaison avec les seuls éléments supplétifs et partisans poussés jusqu’au Draa ou zone d’influence Glaoua.

Cette action aérienne est liée d’ailleurs à une minutieuse préparation à terre. L’avion, qui a les moyens de manifester au loin les volontés du Commandement et de lui rapporter des renseignements directs sur les régions que seuls peuvent atteindre des informateurs souvent suspects ; n’acquiert toute son efficacité que si la route le suit dans sa progression pour assurer en toutes circonstances ses ravitaillements et ses besoins. C’est là piste ouverte du col de Ntichka jusqu’au Ouarzazat qui a permis d’approvisionner en automne le terrain de base de Tàourirt du Ouarzazat exploité pour la campagne actuellement en cours.

Les terrains avancés ne valent vraiment comme terrains de travail continu que lorsque la piste les dessert.

Ainsi, il s’ébauche dans la région de Marrakech, au sud de l’Atlas, tout un programme d’action aérienne qui déborde le programme routier, déterminé lui-même par le programme de pacification des tribus du sud.

Une route se construit d’Agadir jusqu’au Draa, par Taroudant et Tàourirt du Ouarzazat, franchissant l’Anti Atlas et reliant l’un à l’autre des terrains de base ou de secours. De ce grand axe se détachent de multiples reconnaissances, d’abord à terre à la recherche du tracé des pistes secondaires et des emplacements favorables aux atterrissages dans le Sud de’ Tiznit jusqu’aux approches de la zone d’Ifni, au-delà de Tàourirt du Ouarzazat jusqu’à la Kelaa des Mgouna, aujourd’hui occupée et qui doit permettre de pousser plus avant vers le N.E. par Imiter sur le Todhra en direction du Ferkla et du Tafilalet; vers le Sud-Est, par Tamnougalt et les districts de l’oued Draa, en direction de Tamegrout, jusqu’au coude du fleuve.

Les pistes s’ouvrent derrière les reconnaissances rejoignant les terrains de secours, hardiment ébauchés à l’avant ; aussitôt ceux-ci se transforment l’un après l’autre, en terrains de travail* dès que la route les atteint et se montre prête à y apporter si besoin est, l’appui rapide d’A.M.C. ou de soutiens portés.

Dans les pays du Sud, aux populations clairsemées, aux ressources déficientes, resserrées souvent en quelques points de très larges espaces, la surveillance, la police, ne peuvent être demandées qu’à des éléments rapides qui permettent d’être partout présent, avec le maximum d’efficacité, le minimum d’exigence et dans le moindre temps.

Aucune réaction n’est inquiétante si elle peut être aussitôt observée et aussitôt manœuvrée car il faut à l’adversaire dispersé et divisé du temps pour l’étoffer sérieusement.

La pacification du sud marocain se révèle affaire d’aviation, d’A.M.C. et de moyens supplétifs, seuls susceptibles de travailler et de vivre en pays semi désertiques. Il n’y faut ajouter qu’une méthodique organisation des communications et des liaisons entre tous les éléments au travail.

Source : L'Armée d'Afrique organe de liaison entre les officiers de réserve de l'Algérie, Tunisie et Maroc, juin 1929. Bibliothèque nationale de France

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