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Pour une pensée postcoloniale

Par: Abdelouahed HAJJI

Déconstruire le discours colonial (j’ajouterai le discours nationaliste produit par l’élite) semble le point autour duquel tourne la pensée postcoloniale. Une pensée en fait qui se propose dans son essence à établir une altérité pure et saine. Cela revient à dire que la théorie postcoloniale combat les effets du colonialisme sur les pays ex-colonisés. Elle tente par là d’interroger l’imaginaire occidental afin de rectifier l’image figée et les clichés reliés à l’Orient. C’est dire que les chercheurs du postcolonialisme mettent plus de lumière sur la formation de l’identité de l’autre non occidental. Il s’agit également d’aborder l’image de l’ex-colonisé dans l’imaginaire de l’occident. Les chercheurs postcoloniaux s’interrogent de la façon suivante : comment peut-on forger l’identité de l’autre ? Quels sont les critères qu’on suit lors de cette fabrication de l’identité ?
Tout d’abord, Edward Saïd constitue le représentant des études postcoloniales qui s’inscrivent bien dans le système des études culturelles. Avec son ouvrage programmatique L’Orientalisme « L’Orient créé par l’Occident », Saïd pose les jalons de cette théorie. Le sous-titre choisi par l’auteur demeure significatif. Il affirme, par la force des choses, que l’Occident a enfermé l’Orient dans une image pleine de clichés. C’est un préjugé porté à l’endroit de l’autre. En d’autres termes, l’Occident comme puissance dans tous les domaines a créé un cadre référentiel dans lequel l’Orient s’inspire. Le théoricien désire ainsi dépasser cette représentation idéologique en faisant de sa théorie une méthode solide quant au traitement des textes idéologiques.
Le postcolonialisme, comme notion, ne s’inscrit pas dans une seule dimension chronologique ; c’est-à-dire que le mot ne désigne pas forcément une période qui vient après la colonisation. Il s’agit d’une véritable théorie, consistant à repenser la complexité entre Orient et Occident à travers l’étude critique de types de discours produits par l’Occident à l’endroit de l’Orient. Du plus, ces mêmes études se rencontrent avec les études féminines dans la mesure où elles partagent le même sort : la domination. Les femmes souffrent de la domination masculine tout comme les pays ex-colonisés qui souffrent de l’hégémonie culturelle occidentale.
Rappelons-nous que l’Occident lors de sa conquête au Maghreb, à titre d’exemple, a cherché à légitimer son intervention militaire. En fait, il a trouvé dans « la mission civilisatrice » une certaine légitimité et une enveloppe idéologique. Ainsi, l’Occident a qualifié l’autre non occidental de barbare. En réalité, il s’agit bien évidemment d’une idéologie, consistant à réduire l’autre au degré zéro de la culture pour le coloniser et par conséquent exploiter sa richesse. Pour bien réussir cette idéologie, l’Occident se sert de la littérature comme moyen puissant, pouvant détourner la réalité. Alors, les ethnographes français ont produit un discours idéologique sur l’autre en l’infériorisant. En ce moment une image imbibée de stéréotypes se construit en représentant l’Oriental, ce qui ne fait de ce dernier un subalterne qui n’a pas le droit ni d’être un sujet de son histoire, ni un homme qui jouit de ses droits.
À vrai dire, la littérature colonialiste (et nationaliste produite par l’élite) a essayé de réduire l’autre à un subalterne qui ne peut pas parler. De là, on a fait de lui un marginal ou plutôt un oublié de l’histoire comme l’aimait dire Antonio Gramsci. L’italien marxiste dont la chercheuse indienne Spivak s’inspire de sa théorie de l’hégémonie culturelle. La littérature coloniale en ce sens est un véritable moyen idéologique qui a légitimé à l’Occident la colonisation de l’Orient à travers les clichés qui ont fait des colonisés des sauvages et des barbares. Du plus, la sortie du militaire occidental n’a pas coupé avec la souffrance de l’ex-colonisé, notamment que le colonisateur a implanté un système complexe. Autrement dit, il s’agit d’un suivisme dans tous les domaines. La France, entre autres, s’est enracinée dans les structures profondes des pays ex-colonisés. C’est pourquoi on ne peut pas parler d’un après la colonisation, car, il relève d’une idéologie claire et nette.
Le système occidental a voulu que l’Occident représente le centre de l’Orient qui occupe quant à lui la périphérie. L’Occident par là jouit d’une hégémonie culturelle au détriment de l’Orient qui demeure dans le deuxième rang. À partir de cette vision, les postcoloniaux veulent restituer l’autonomie des pays ex-colonisés. En fait, ils ont refusé, catégoriquement, cette hiérarchie qui manque d’égalité entre les deux pôles. Leur travail reste donc la déconstruction de l’image figée de l’Oriental dans la littérature occidentale.
Cette domination politique met la modernité en crise. La modernité en effet se transforme en un outil idéologique qui infériorise l’autre. La rationalisation excessive fait de la modernité un système absolu. Les postcoloniaux mettent en crise, à l’instar de Nietzsche et des postmodernes, les fondements de la modernité. Il s’agit pour eux des moyens idéologiques dont se sert l’Occident pour dominer les autres. Dire que la raison peut sauver l’humanité, relève souvent d’une ironie tant que la vie se partage entre plusieurs intervenants. La philosophie nietzschéenne partage cette idée avec les chercheurs du postcolonialisme. Nietzsche refuse toute intervention idéologique dans la vie de l’homme. Pour lui la raison ne peut pas aboutir nulle part puisque la vie humaine est faite dans son essence des pulsions. À côté de cette figure de la philosophie de la volonté de puissance, d’autres grands penseurs ont permis à la théorie postcoloniale de se développer. Nous pouvons citer, entre autres, Gilles Deleuze avec son concept de la déterritorialisation, et pour ne pas oublier Michel Foucault qui a bien analysé la relation entre le pouvoir et le savoir. Autrement dit, celui qui possède le pouvoir a la capacité de produire un discours.

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Un seul commentaire

  1. un bon article bravo