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Plaidoirie pour un revenu de base au Maroc

Ahmed Elhammoumi/ Chercheur en management public.ENA de Strasbourg.

 En dépit des efforts considérables  déployés par les pouvoir publics marocains, la pauvreté et la l’exclusion constituent toujours un défi et un frein au développement,  à la cohésion et la paix sociale.

L’expérience de l’INDH a montré clairement ses limites. La bureaucratie, le déficit en  de transparence,  la politisation des projets et surtout  l’inaccessibilité pour le  citoyen ordinaire à ce genre de projet constituent  des veritables freins à l’efficacité de cette politique publique.

Le processus de décompensation initié par le gouvernement Bekiran n’a fait qu’aggraver la situation des  citoyens les plus démunis. Les mesures de ciblage à l’égard de certaines territoires ou catégories sociales ne peuvent en aucun cas répondre aux attentes des citoyens. Ces mesures ne  font que creuser les écarts et consacrer les sentiments de marginalisation, de discrimination et de frustration.

Aujourd’hui il est temps de revoir ce système inefficace. Les expériences internationales en matière de luttes contre la pauvreté constituent des sources de renseignements très riches. Ainsi, faut-il rappeler que plusieurs pays ont déjà choisi de revoir leurs politiques sociales en mettant en palace un revenu de base, appelé aussi revenu universel qui consiste à verser à toutes les personnes majeurs quel que soit leur niveau de ressources un revenu d’un montant identique sur une base individuelle et de manière inconditionnelle.

L’Etat de l’Alska constitue un des exemples le plus aboutis en matière de distribution des dividendes au profit de tous les résidents. Ainsi, en 2015, l’ « Alaska permanent fund » a réparti environ 1.33 Mds de dollars entre 644 511 bénéficiaires.

En 2010,  l’Iran est passé d’un système de subvention des matières alimentaires et combustibles à un système d’allocation unique versée en espèces bénéficiant à plus de 95% des iraniens.

En Inde, à partir de 2012, et pendant 18 mois,  une allocation universelle de 2 dollars a été versée  quotidiennement à chaque habitant des villages de l’Etat de Madhya Pradesh. Ce revenu de base est le fruit d’une refonte de 950 aides sociales préexistantes. Il est également important de savoir que l’UNICEF en a mesuré les effets bénéfiques sur la population et que le gouvernement indien, sur la base de cette expérience régionale, envisage une généralisation du dispositif à l’ensemble du pays.

Dans la province canadienne Ontario, un projet lancé en 2017,  en phase d’expérimentation pour trois ans vise la simplification  des minima sociaux et la lutte contre la grande pauvreté. L’expérience est menée auprès de 4 000 personnes sous le seuil de pauvreté tirées au sort qui recevront chacun un revenu annuel  fixe et inconditionnel de 11 419 €.

Ces expériences montrent l’utilité d’un revenu de base généralisé pour la lutte contre la pauvreté, pour garantir une vie décente aux citoyens les plus vulnérables et surtout pour remplacer un système de subvention qui profite souvent aux plus riches.

La mise en place d’un revenu de base au Maroc constitue une condition pour l’application des dispositions constitutionnelles liées à la garantie des droits fondamentaux. Un tel dispositif serait également la meilleure réponse aux mouvements sociaux qui menacent la stabilité du pays.

 

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