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L’identité et la différence culturelle: à la mémoire de A .KHATIBI

Artcile produt par: Khrou Mohsine 

Le présent article se propose de présenter la pensée de la différence et l’identité chez Khatibi, c’est un retour qui a pour finalité de rendre hommage aux thèmes adéquats sur laquelle il travaille l’auteur. Il présente ses nouveaux concepts sur la différence des cultures à travers une Autobiographie d’un décolonisé.
Un auteur, sinon un sociologue et philosophe de formation, est un écrivain et Romancier, essayiste, critique d’art, philosophe de langage et de la politique de toute l’humanité.
Abdelkebir Khatibi est né à El-Jadida, une ville marocaine au sud de Casablanca, le 11 février 1938  et il est décédé le 16 mars 2009 à Rabat à l’âge de 71 ans. Il a grandi dans un quartier d’El-Jadida proche de la mer.
Il a exploré avec un égal bonheur toutes les voies de la création littéraire. Ainsi disait lui-même «  J’appartiens à un pays magnifique qui est marginal. Il est de force vive, je lui dois ma naissance, mon nom, mon identité initiale .je lui dois mon histoire, sauf le récit de ma liberté d’esprit, celle d’avoir à inventer un espace et une relation de dialogue avec n’importe quel être venant vers moi ».
Nul ne peut démentir que 22 écrivains, artistes, photographes, journalistes et universitaire de diverses nationalités viennent justement de lui consacrer un livre.

« Le jour d’après ». Dédicaces à Abdelkebir Khatibi. Comme je disais, Khatibi est un romancier par excellence, mais aussi, un sociologue, il occupe une place de choix dans le paysage intellectuel marocain et universel. Il a écrit la mémoire Tatouée, un roman Autobiographie d’un décolonisé, le roman qui fit découvrir son auteur, une œuvre primordiale de la littérature marocaine du XXe siècle.
La mémoire tatouée gravite autour de l’identité de l’homme, la mémoire, et la diversité culturelle qui visent, partant, à replacer l’homme dans sa vie après qu’il est ébranlé par moult circonstances, dont la colonisation et les souvenirs de Aide lKbir restent gravé de sa mémoire et comme conséquence qui s’y tire puisque le prénom de Khatibi « d’Abdelkebir» signifie la Fête des musulmans. De ce fait, Khatibi avance «De ma naissance, je sauvegarde le rite sacré. On me mit un peu de miel sur la bouche, une goutte de citron sur les yeux, le premier acte pour libérer mon regard sur l’univers et le second pour vivifier mon esprit, mourir, vivre, mourir, vivre double à double, suis-je né aveugle contre moi –même ?   .
Né le jour de l’Aïd el Kabîr, mon nom suggère un rite millénaire et il m’arrive, à l’occasion, d’imaginer le geste d’Abraham égorgeant son fils ».
Cette citation, elle, seule est susceptible de nous présenter une atmosphère de fête qui demeure gravée dans sa mémoire, il fait appel à l’égorgement d’Abraham vis-à-vis de son fils.
En outre, force est de rappeler que le roman de notre penseur se voit épouser aussi l’allure d’une longue contemplation lyrique et bien arrangée selon deux « séries hasardeuses » : deux séries de chapitres eux-mêmes divisés en de brèves évocations de l’enfance de l’auteur à El-Jadida – alors que son pays est engagé malgré lui dans une guerre la Deuxième Guerre mondiale il se situe dans un contexte tragique, relaté au conflit qui n’est pas la sienne , « de ses années d’étude au collège franco-musulman de Marrakech, des troubles qui ont conduit le Maroc à retrouver son indépendance ou encore de son long séjour parisien, entre le microcosme des pavillons de la cité universitaire internationale et les cafés de Saint-Germain-des-Prés, alors que la guerre d’Algérie battait son plein ».

Si Albert Camus disait à Sartre « si tu veux devenir un philosophe, écris des romans », Khatibi applique ce conseil à la lettre et du coup, il nous raconte à la fois, toute une philosophie d’histoires de vie, car l’autobiographie se fixe toujours pour finalité de raconter la propre vie d’un écrivain. Un roman qui tient au même temps le récit, l’imaginaire, l’historique Khatibi est excellent essayiste, oui, car il est à même de nous amener une œuvre romanesque qui recèle plusieurs concepts et notions sociologiques au sens strict du terme à savoir , la colonisation, la religion, la ville, l’histoire, la mémoire, la modernité, l’existence, l’exil, la mélancolie, le rêve, le choc culturel, l’hybridité culturelle, l’identité, la différence, l’homme pluriel, le sacré et le profane, le corps, le temps et l’espace (psychique/ physique). Les titres de son ouvrage narrent plusieurs concepts parmi lesquels on peut répertorier : série hasardeuse (1)
-La mémoire Tatouée
-deux villes parallèles
-ainsi, tourne la culture
-adolescence de Marrakech
-les corps et les mots
-par gestes décrochés
-rive gauche.
Que dire alors si ce n’est que le chagrin de Khatibi est beaucoup plus personnel et complexe. C’est un état pathologique qui émane des souvenirs, des mille blessures, angoisse, le cri de détresse de l’homme vaincu par la destinée.
« L’identité et la différence des cultures sont dévoilées dans la violence même de l’écriture, “L’autodécolonisation dit Khatibi concerne tous les hommes”.
L’identité contient un prototype de pratiques et de vérités notoires dans un entourage donné. De facto, l’identité se présente comme un espace qui nous rassemble dans un foyer virtuel, c’est une série d’images et de signes partagés avec nos contemporains et reconnus par soi-même.
Chez Khatibi, ce qui distingue et caractérise la personne n’est pas la race, mais l’identité. L’homme c’est l’homme dans la mesure où il est homme. L’exil, la colonisation, la modernité et bien d’autres phénomènes privent le maladif homme de son humanité comme identité naturelle, et de sa culture acquise comme identité natale. De là Khatibi, sous cette tyrannie écrasante d’une identité complexe engendre partout, une pensée complexe, énigmatique, indéchiffrable.
La présence des valeurs dans la construction de l’identité est sin qua non, ces valeurs qui corroborent la différence en tant que concept qui culmine avec l’identité.
Ici, nous voyons comment défendre Khatibi, l’autre dans l’identification, la nécessité de s’ouverture sur le monde (l’autre). Sans incitant les racines originelles de l’identité, sachant bien que la revendication de ce demande est métaphysique.

En effet, KHATIBI trouve que le devenir doit être en relation asymétrique avec la mémoire ; avec la culture, l’identité et surtout la religion, plus clairement, se moderniser sans rien perdre.
Les écrits de notre sociologue marocaine se lit en filigrane comme le récit de la construction d’une identité aux multiples facettes, entre l’Occident et le Maghreb, entre raison et merveilleux : “Certes, Occident, je me scinde, mais mon identité est une infinité de jeux, de roses de sable, euphorbe est ma mère, désert est ma mère, oasis est ma mère, je suis protégé, Occident!” .Et c’est une lecture difficile, mais d’autant plus nécessaire que celle de ce livre qui mérite vraiment une relecture.
Khatibi, ce penseur marocain appuie beaucoup sur la notion de “devenir » parce que la Maghreb souffre d’un retard historique ou dont parle Abdallah Laaroui, ce retard qui dû à cause de la colonisation. Nous ne se développe pas à coup sûr, car si on accepte la logique de l’histoire, on est historique, on est moderne, on est l’objet d’un changement, le lieu d’un développement. Toute fois si on refuse la logique de l’histoire on vit en dehors de l’histoire. Pour corroborer cette idée, Abdallah Laaroui disait “être moderne c’est être historique”.
Pour ce faire, l’auteur développe le concept de “retard historique” il veut dire que nous vivons toujours le moyen Âge et tranche que la crise de l’homme n’est autre que leur abstinence de s’inscrire dans le cours de l’Histoire.

Abdallah Laaroui souhaiterait les changements possibles dans notre société et qui fait de la modernité sa fin suprême. Objectivement ce n’est point possible, car la société demeure arrimée à son passé fort éloigné.
Pour, enfin, tenir en lisière notre article écrit, la vocation de Khatibi y un phénomène ambivalent, sinon ambigu disant plausible à bien des égards.
Par le biais de chef-d’œuvre, Khatibi demeure et restera le mythe de la littérature marocaine du XXe siècle.

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