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Le voici : un Mur… oui un Mur!

Hasardeusement, on se trouve obligé comme tout le monde de regarder le mur pour pouvoir savoir ce qui se passe alentour de nous, et de s’habituer de lui comme s’il était un vrai ami. Tout se passe sans pudeur dans le mur. Un mur a rempli totalement notre vie jusqu’à ce qu’on dit : comment peut-on échapper à ce mur irremplaçable ? Pourquoi cette obsession du mur? Comment les murs nous obsèdent de temps à autre plus que jamais?
Partout, il y a des murs, vous le saviez sans doute. Ou, autrement, il y a des murs partout. Notre vie se transforme en un grand mur. Notre regard est très restreint faute des murs. Là où vous allez, vous avez besoin de le poursuivre, c’est le présent, car l’information habite sa poche ; c’est votre mémoire, votre histoire virtuelle, et sans lui, vous êtes loin des hommes, loin de l’histoire de l’humanité. Ce qui caractérise notre époque, c’est surtout l’obsession du mur. L’homme est devenu un être non pas seulement oublié, comme Heidegger nous a enseigné, mais oublié puis jeté dans un petit mur par lequel il peut observer le monde et communiquer avec lui.
Tisser le temps, à présent, c’est le tisser dans le mur. Même, hic et nunk, dans ce moment de l’écriture, on regarde le mur. Incritiquable. On ne peut pas continuer sans lui. Le mur est indispensable à mon existence, mais est-ce que je m’y existe vraiment? Il est la fenêtre par laquelle chaque jour s’observe le monde. Il constitue notre histoire universelle. À chaque instant, quelque chose passe, et ce besoin de savoir ce qui se passe, qui rend le mur accessible, sinon, il serait, ça et là, inadmissible.
Quelle quête infinie de l’information que notre époque ! L’information devient une nouvelle valeur irremplaçable. Du coup, le besoin de poursuivre les murs est un désir inéluctable. Ils reprochent les espaces. Et les individus deviennent plus que toutes les autres époques attachés entre eux comme si la différence n’existait pas. À travers l’image, la nuit se métamorphose en un jour ensoleillé, et ceux qui ne peuvent vivre dans leur société en paix, ils le peuvent en virtuel. Regrettablement, se détacher du mur est difficile, voire impossible, parce que c’est une échappatoire d’une réalité choquante et désagréable que les gens vivent quotidiennement.
Le mur est extériorisation de l’inconscient, c’est pourquoi il est libérateur. Et ceux qui s’habituent de lui ne peuvent jamais le quitter. Sur le mur se projette mon inconscient. On me colle au mur. Le mur, c’est moi-même, voire la partie la plus intime à moi. Dorénavant, on ne l’abandonne plus, on m’éloigne de moi-même, on me quitte, on me déserte, on ne me suffit pas à moi-même. Sur le mur, on crée une autre histoire qui n’est pas la mienne ; une histoire qui me plait surtout.
Drôlement, le mur sert à tout, à présent, mais malheureusement, d’une manière virtuelle. Tout se passe à l’intérieur de lui, mais une seule faute suffit pour faire échouer tout le programme, un seul virus peut changer tout ; c’est surtout la condition malheureuse d’une vie où la technologie à tout fait pour l’homme, mais l’absence de la sensation rend les hommes intouchables. S’accepter comme tel, l’être ne peut jamais échapper à l’idée que le mur est la partie la plus intime de l’être. « Qu’est-ce qu’il ajoute à notre monde? » S’interroge un rêveur opiniâtre. « Rien », il répond tout de suite après un coup d’œil sur son téléphone en pensant à un confortable avenir.
Quant à la psychologie de nos individus, elle devient sèche plus que le passé. Un repli total, voire un pli total, un isolement infini. Or, on a découvert dans cette individualité quelque chose de goutant, d’admirable et de splendide, c’est la face cachée de tout individu. Reste encore à dire que, plus les gens se dissolvent dans le mur, plus ils deviennent incapables de construire une vie ordinaire où la communication ne se fait pas par le clavier, mais par la bouche. Le mur transforme l’homme en une machine repliée sur elle-même. Une machine capable, seulement, de dialoguer virtuellement. Voilà de quoi il s’agit : il incite, il induit, il détourne, il facilite ou rend plus difficile, il élargit ou il limite, il rend plus ou moins probable l’existence d’une réalité touchable.
Ainsi, plusieurs aléas menacent l’existence de l’être touchable. Le mur en est un. Au sein de ce mur, ma vie est absorbée dans la réalité virtuelle. Tout se passe dans la logique du virtuel. On essaie de construire toute une histoire, fonder toute une mémoire, ce qui rend impossible le détachement au mur. On a fondé toute une histoire à l’intérieur du mur. La supprimer, c’est abolir toute une partie de notre identité. C’est comme si le mur faisait partie de notre corps. Qui de nous, peut vivre sans cœur? Du coup, on ne peut pas se détacher du mur : il est in-détachable.
Le virtuel aussi a sa puissance sur l’être-intouchable. Quand vous tournez le dos à la technologie et tous ces murs qui nous entourent, la possibilité de communiquer avec la société est devenue presque impossible. Chacun de nous sait parfaitement que, chaque jour, a besoin d’ouvrir son téléphone ou sa télévision pour observer le monde alentour. Il le sait énergiquement ! Et il sait, aussi, que ce dont il s’agit ne véhicule pas la réalité du monde. Quelle trahison que les murs !
Mais jusqu’au moment de la réussite de l’échec des murs, on n’a besoin ni de tourner le dos à ce qui se passe, ni de l’accepter entièrement, on doit, surtout, analyser ce qui se passe, sans honte, ni flétrissement… Néanmoins avec audace.

Ismail El Idrissi

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