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L’ACTION FRANÇAISE AU DELA DE L’EXTRÊME-SUD MAROCAIN

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Il s’est passé, depuis 1906, dans l’hinterland qui sépare la Mauritanie de l’Extrême-Sud marocain, des événements importants et de nature à attirer de nouveau l’attention de notre politique nord-africaine sur ces régions.

Le marabout influent Cheikh Ma-el-Aïnin, après avoir quitté, il y a quelques années, l’Adrar Mauritanien, remonta à 800 kilomètres plus au nord jusqu’à la Saguiet-el-Hamra et se fixa à un point d’eau situé dans le lit d’un oued desséché appelé Oued Smara. De cette retraite, située au milieu des sables brûlants, à 220 kilomètres au sud de l’oued Drâa, à 150 kilomètres du cap Juby, séparé du Sud-Oranais par un millier de kilomètres, de la Mauritanie par 1.100 kilomètres, Ma-el-Aïnin songea à régénérer l’Islam du nord-ouest africain, renouvelant ainsi les traditions de ses ancêtres qui, du XIe au XVIe siècles, entretinrent dans la Saguiet-el-Hamra un mouvement islamique important et firent partir de là des marabouts qui rappelaient les fidèles à la fois primitive.

Ma-el-Aïnin se mit à composer un grand nombre d’ouvrages orthodoxes et sectaires dont il inonda le Maroc et le Sahara occidental, et il appela à lui tous ceux qui voulaient faire en son nom oeuvre de prosélytisme. Il ne tarda pas à voir autour de lui un groupe de 5 ou 600 Maures, originaires du Tagant et de l’Adrar, chenapans et coupeurs de routes en général, fuyant la justice française en Mauritanie. Ces « hommes bleus », comme on dit au Maroc, construisirent des huttes grossières et misérables autour de la masure où logeait Ma-el-Aïnin, et furent pour ce dernier d’excellents émissaires qu’il expédia dans l’Adrar et le Tagant, afin de soulever les Maures contre la politique d’influence française.

La propagande anti-française eut pour résultat de provoquer une agitation dans tout le nord de la Mauritanie, agitation qui, depuis 4 ans, a causé de nombreuses victimes, dont la plus connue est le regretté commissaire Coppolani, en mission du côté de l’Adrar. Il ne faut pas oublier non plus les combats meurtriers que durent soutenir l’année dernière encore nos troupes de reconnaissance dans le Tagant, et l’attaque de Tijikja où, parmi nos morts, nous comptâmes deux officiers.

Non content de servir la cause du fanatisme musulman dans le sud de sa résidence, Ma-el-Aïnin nouait avec le Sulan du Maroc des relations d’amitié étroites qui se resserrèrent lorsque le Makhzen adopta, à la fin de 1904, une politique nettement hostile à la France. A cette époque, comme d’ailleurs maintenant encore, le Sultan de Fez et son entourage ignoraient tout du sud marocain et s’en faisaient une conception géographique très fausse. L’opinion générale à la cour était que Ma-el-Aïnin résidait à deux ou trois jours au sud de Marrakech, en plein territoire marocain, et qu’immédiatement commençaient les territoires mauritaniens, d’où la France songeait à étendre à grands pas son influence territoriale vers le nord. Cette conception décida le Makhzen à engager contre nous une politique dissimulée, mais assez habile, qui consistait à utiliser Ma-el-Aïnin comme agent politique et à le charger d’étendre l’influence marocaine aussi loin au sud qu’il pouvait le faire.

Pour accentuer cette tendance, le Makhzen envoyait à Oued Smara un agent à lui, nommé Mouley Idris, avec mission de seconder Ma-el-Aïnin, de soulever les tribus sahariennes contre les troupes françaises, de nommer des caïds marocains dans les immensités du Sahara de l’ouest. La cour chérifienne ignorait qu’il y avait 8 jours de Marrakech à l’oued Drâa, soit 8 jours en Blad-Siba, en pays géographiquement marocain, mais complètement insoumis et indépendant du Makhzen, puis 4 jours de l’oued Drâa (au sud de Tintazart) à Tindouf, ancien point de concentration des caravanes sahariennes, enfin 8 à 9 jours de Tindouf à l’oued Smara. Quant à l’énorme distance (1.100 kilomètres, soit 27 jours de marche) qui sépare la Saguiet-elHamra dû dernier poste au nord de la Mauritanie (Tijikja), le Makhzen n’en avait aucune idée.

Si le Sultan avait possédé ces connaissances de géographie élémentaire, il aurait commencé par essayer d’imposer des caïds à lui dans les régions comprises entre l’Atlas et l’oued Drâa, et il aurait eu de la besogne pour plusieurs années avant de s’imposer à ce premier hinterland indépendant. C’eût été ensuite pour lui une question d’opportunité que de songer à étendre son influence sur les territoires situés plus au sud. Mais, comme tous les ignorants, le gouvernement chérifien ne doutait de rien, et il confiait à Ma-el-Aïnin et à Mouley Idris une besogne d’annexion politique sur des régions d’ailleurs reconnues d’influence française, sans songer que les provinces intermédiaires, entre Marrakech et l’oued Drâa, n’étaient que nominalement soumises au Makhzen.

Mouley Idris qui connaissait le pays, reconnut vite cette erreur de principe et tenta d’abord de rallier au Makhzen des tribus situées au nord de l’oued Drâa (Tekna, Oued-Noun, Aït Bou Amran) mais il se heurta à une vive opposition et ne fit que rendre suspect Ma-el-Aïnin et son rôle d’apôtre religieux. Rebuté, Mouley Idris songea à agir plus au sud. Il recruta à l’oued Smara une petite troupe d’« hommes bleus » très bien armés grâce aux générosités du Sultan et s’enfonça dans le coeur du Sahara, appelant à lui tous les chercheurs d’aventures qu’il put rencontrer chez les Reguibat, les Oulad Delim, les Srarna, les Oulad el-Hadj, les Oulad-Bou-Sbah.

C’est avec ces contingents qu’il put créer une longue agitation dans l’Adrar et jusque dans le Tagant, pillant les populations qui nous étaient soumises, prêchant la guerre sainte contre les Français au nom de son maître le Sultan du Maroc. Cet agitateur avait même l’audace, l’année dernière, d’envoyer au gouverneur de la Mauritanie, au nom de Ma-el-Ainin représentant de Moulay Abd-el-Aziz, un « ultimatum », lui enjoignant de reculer les limites des possessions françaises jusqu’aux bords du Sénégal et de reconnaître la souveraineté du Sultan du Maroc jusque sur la rive droite de ce fleuve,soit à un peu plus de 1.500 kilomètres au sud de l’oued Drâa qui constitue la véritable limite naturelle méridionale du Maroc.

De son côté, le Cheik Ma-el-Aïnin ne perdait pas son temps; il continuait à répandre ses lettres et ses agents dans un rayon d’action compris entre le Cap Juby, Tindouf. Chingueti et le Rio de Oro. Il entretenait d’amicales relations épistolaires avec le Sultan Moula y Abd-el-Aziz, lui envoyait à plusieurs reprises son fils accompagné d’une escorte de nègres d’Oued Smara. Enfin lui-même, malgré son grand âge, venait rendre visite au Sultan de Fez, suivi d’un nombre considérable « d’hommes bleus » fanatiques et sauvages.

 Ce voyage fut un des épisodes les plus caractéristiques de la politique anti-française au Maroc. J’aurai l’occasion, dans une autre étude, d’en reprendre tous les détails; qu’il me suffise d’en indiquer les grandes lignes aujourd’hui. N’osant pas traverser les tribus qui bordent l’Atlantique entre le cap Noun et Mogador, de peur d’être pillé, le Cheik Ma-el-Aïnin s’embarqua avec sa troupe à Tarfaya (au cap Juby) sur un petit vapeur affrété par les soins du Sultan. De Mogador à Fez, son voyage d’aller s’effectua sans incident (fin du printemps 1906).

 Une fois à la Cour, les relations entre le « Marabout bleu » et le Sultan devinrent plus étroites que jamais. A ce moment-là, la politique germanophile battait son plein à la Cour, le souverain mettait une sorte de coquetterie à manifester de grandes sympathies pour les Allemands et un dédain vexatoire à l’égard des Français. Pour nous faire pièce, tous les moyens lui étaient bons. Le séjour de Ma-el-Aïnin à Fez fut une occasion de plus de contrarier la politique française. Il combla le vieux marabout de cadeaux et de promesses; il lui remit pour toutes les villes marocaines où il devait passer, des lettres enjoignant aux autorités d’héberger largement tous les « hommes bleus » et de leur verser des sommes d’argent importantes, des armes, des munitions.

Enfin il renouvela à Ma-el-Aïnin ses instructions politiques, l’encouragea dans son action agitatrice dans l’Adrar, lui conseilla d’ « annexer » par tous les moyens au Maroc les territoires sahariens non encore occupés par les Français et d’y faire de la propagande islamique marocaine, de façon à éviter pour toujours le contact des Français au sud du « vrai Maroc » et à se débarrasser de ce voisinage inquiétant.

Grisés par tant de bonnes paroles, par tant de cadeaux, par une telle sollicitude, les « hommes bleus » et leur maître se crurent le droit d’agir en territoire marocain comme en pays conquis et se livrèrent dans toutes les villes où ils passèrent, notamment à Casablanca, Marrakech et Mogador, à des excentricités qui faillirent coûter cher à ceux auxquels ils s’attaquèrent dans les rues. Il est à remarquer que partout leur fanatisme de commande s’en prit plus particulièrement aux Français, et que leurs imprécations s’adressaient toujours aux seuls Français. C’était là le résultat des entretiens du Sultan et de son entourage avec Ma-el-Aïnin. Enfin, au mois de septembre, après avoir lassé jusqu’aux Musulmans, la troupe d’Oued Smara se réembarqua à Mogador pour le cap Juby, emportant avec elle une cargaison de marchandises, d’armes et de munitions.

D’octobre 1906 à niai 1907, suivant des instructions venues de Fez, les Oumanas de Mogador durent expédier par mer à Tarfaya plusieurs convois de caisses d’armes, d’orge, d’argent à destination de Ma-el-Aïnin. Tous ces envois étaient faits par ordre et au compte du Sultan. Il s’agissait en effet d’armer de fusils à répétition toutes les tribus du Sahara occidental et de l’hinterland mauritanien, de façon à s’opposer à toutes les tentatives des troupes françaises vers le nord.

Les revendications de la France qui ont suivi la malheureuse affaire Mauchamp sont venues remettre les choses au point (mai 1907). Le Sultan, après bien des discussions, a dû reconnaître que la politique menée par lui dans le sud était plus qu’un acte anti-amical ; il a désavoué Ma-el-Aïnin et promis d’empêcher tout envoi d’armes ou de munitions à destination du « marabout bleu » ; il a désavoué enfin Mouley Idris, a promis de le rappeler et de l’interner dans une ville marocaine, il a enfin retiré sa demande d’une délimitation entre le Maroc et la Mauritanie.

Ici se soulève la question du littoral Atlantique compris entre le cap Noun (embouchure de l’oued Drâa) et le cap Bojador (limite nord de la colonie de Rio de Oro), soit le rivage qui fait face aux îles Canaries. Du cap Noun au cap Juby, sur une distance de 200 kilomètres, s’étend la confédération indépendante des Tekna, populations demi-nègres, demi-berbères, qui ne reconnaissent au Sultan de Fez qu’un droit de suprématie religieuse. Au cap Juby s’élève un bastion occupé par une petite garnison de soldats du Sultan, qui n’ont de rapport avec l’autorité marocaine qu’une fois par an, lorsqu’un navire chérifien vient leur apporter quelques provisions.

Il y a quelques années une factorerie anglaise était installée au cap Juby. Le Makhzen avait protesté, mais en vain; son droit de souveraineté sur cette région (alors que les provinces comprises entre le Sous et le cap Juby ne lui sont nullement soumises) avait été nié. Mais la factorerie ayant fait de mauvaises affaires, la compagnie qui l’avait fondée proposa au Sultan de lui acheter son établissement. Le souverain accepta cette offre avec empressement. La factorerie tomba en ruines, un fortin fut construit à proximité et quelques soldats y furent installés, beaucoup plus pour épier les nouvelles tentatives que les Européens pourraient faire de ce côté que pour assurer la police des tribus nomades de la région avec lesquelles cette garnison n’a aucun contact.

On peut en conclure que l’enclave du cap Juby est une propriété privée du Sultan, une sorte de colonie exterritorialisée, et le fait qu’il a acheté une masure sur cette partie du rivage n’implique pas que la frontière méridionale du Maroc se soit transportée de l’oued Drâa à la Saguiet-el-Hamra, enveloppant le Sud Marocain d’une nouvelle bande de territoires désertiques, large de 200 kilomètres qui, partant du cap Juby, aboutirait au Touat. C’est là évidemment une question pendante à solutionner le plus tôt possible, pour qu’il n’y ait plus d’équivoque à ce sujet

Reste de Tarfaya (cap Juby) au cap Bojador (limite nord du Rio de Oro), un littoral qui s’étend sur une longueur de 300 kilomètres. Logiquement, il semblerait que ce littoral fût la limite naturelle de l’action française dans le Sahara occidental, entre le Touat, l’oued Drâa, la Mauritanie et le Rio de Oro. Et c’est bien ainsi que notre politique l’entendait, sans l’avouer, lorsque les traités déterminèrent la zone d’influence espagnole sur les rivages sahariens compris entre la baie du Lévrier et le cap Bojador. Notre politique nous réservait là un « jour » sur l’Océan, au sud du Maroc, permettant au Sud-Oranais d’envisager pour l’avenir une porte de sortie sur l’Atlantique. Cette conception avait un intérêt considérable et ne demandait qu’à se réaliser pratiquement avec le temps.

Et cependant, on m’assure qu’un traité secret conclu avec l’Espagne, destiné à diminuer les exigences de cette nation sur d’autres questions, accorde aux Espagnols un droit « d’influence » sur le rivage qui s’étend du cap Bojador aucap Juby. Si cette information est exacte, elle est l’indice d’une faute politique dont on reconnaîtra plus tard la gravité, car c’est nous « fermer.» l’Atlantique et nous emprisonner dans unhinterland mauritanien et touatien confinant l’Océan sans pouvoir y toucher directement. Et si cette faute est irréparable, le seul moyen de la pallier est de reprendre la question du cap Juby et, par une politique hardie, d’accuser notre intention bien arrêtée d’avoir une porte de sortie au moins sur le littoral compris entre le cap Noun et Tarfaya.

Le moyen le plus commode serait de débarquer sur ce littoral et d’y installer une petite garnison. Mais ce serait là une politique imprudente, ce serait accuser dans ces régions sans grand intérêt économique une idée de conquête qui inquiéterait plus encore l’Europe que le Maroc. Le poste d’ailleurs ainsi installé n’aurait aucune communication possible avec la Mauritanie ou le Sud-Oranais, dont les garnisons sahariennes sont encore beaucoup trop éloignées. Il est donc préférable, malgré les difficultés matérielles, de pousser notre influence jusque sur ces rivages non par mer, mais par terre.

Pour obtenir ce résultat, il faudrait une action combinée des troupes sahariennes de la Mauritanie et de l’extrême Sud-Oranais. Chacune de ces possessions françaises doit d’abord occuper les points de l’hinterland qui se trouvent dans sa sphère d’action.

Pour le Sud-Oranais par exemple, il est loisible d’installer une garnison à Tabelbalet annexe de Beni-Abbès (150 kilomètres) qui a été déjà occupée par les troupes françaises.

De Tabelbalet, des groupes de reconnaissance pourraient être envoyés dans un rayon d’action de 500 kilomètres au sud-ouest, c’est-à-dire jusqu’à Tindouf qui pourrait être considéré comme un point de concentration saharienne. Les étapes intermédiaires entre Tabelbalet et Tindouf pourraient être progressivement : Mimcina (160 kilomètres) ; El Harib (100 kilomètres), un peu au sud de l’oued Drâa ; un « mader » ou palmeraie de l’oued Drâa au sud de Tintazart, à 140 kilomètres d’El Hamib; et enfin Tindouf (à 160 kilomètres de l’oued Drâa.) Cette opération effleurerait la limite méridionale du Maroc sans l’entamer, et ne pourrait par conséquent pas occasionner de protestations de la part du Makhzen.

Les renseignements indigènes indiquent des puits sur les étapes de tous ces parcours.

D’autre part, la Mauritanie a besoin de faire de sérieux progrès dans le nord pour affermir sa politique d’action et d’influence au-delà des régions qu’elle a l’intention d’administrer et d’exploiter. Le Tagant est tout juste occupé et soumis par le poste de Tijikja. L’Adrar (région de Chingueti et d’Oualata) et la Sebkha d’Idjil (à l’est de la frontière du Rio de Oro), entourée de gisements miniers importants, doivent être occupés le plus rapidement possible pour marquer de la sorte deux premières étapes de plus dans la direction de la Saguiet-el Hamra, et pour détruire, une fois pour toutes, les prétentions des tribus qui auraient pû être influencées par Mouley Idris.

Chingueti est situé à 300 kilomètres au nord-ouest de Tijikja et la Sebkha d’Idjil, qui fournit au Soudan la majeure partie du sel qu’il consomme, est à 200 kilomètres au nord de Chingueti. Avec des troupes sénégalaises et des goums mauritaniens entraînés, cette occupation est relativement facile. Le plus gros effort consisterait à remonter à 400 kilomètres plus au nord et à aller s’installer en plein territoire des Reguibat (qui reconnaîtraient sans difficulté notre influence), à Zemmour par exemple.

Toutes les populations de ces régions sont clairsemées, divisées et n’opposeraient pas de résistance. Les obstacles naturels, le manque d’eau sur certains points, seraient les principales difficultés d’exécution. De Tindouf (330 kilomètres d’oued Smara) et de Zemmour (200 kilomètres d’oued Smara), il serait aisé aux Touatiens et aux Mauritaniens d’avoir des relations permanentes (distance de Tindouf à Zemmour 400 kilomètres) et de combiner, si c’était nécessaire, une action commune vers la résidence de Ma-el-Aïnin pour supprimer une fois pour toutes ce foyer de fanatisme; il est. d’ailleurs à prévoir que si une action de ce genre se produisait, Ma-el-Aïnin-et ses « hommes bleus » fort inquiets, ne tarderaient pas à envoyer aux chefs de nos goumiers des parlementaires chargés de proposer une amitié sincère et durable aux forces franco-sahariennes.

Enfin, en considérant Tindouf comme centre d’attraction, on pourrait y tenir des renforts venant soit du Touat, soit de Taoudeni. Le raid du Capitaine Flye de Sainte-Marie, entre le Touat et Tindouf (il y a trois ans) indique que le parcours est possible pour des sahariens (de Timmimoun à Tindouf, 800 kilomètres ; de Taoudeni à Tindouf, 850 kilomètres). Des raids accomplis de temps à autre entre ces différents points assureraient la pacification de tout le Sahara occidental.

Plus tard, le point de concentration pourrait se déplacer plus à l’Ouest et devenir Oued Smara lui-même, en attendant qu’un poste mobile du cap Noun (220 kilomètres d’Oued Smara) et un poste mobile qui pourrait être franco-marocain à Tarfaya (150 kilomètres d’Oued Smara) assurent à nos possessions situées dans l’hinterland mauritanien et touatien une « porte de sortie » ou tout au moins « une fenêtre » sur l’Atlantique.

Pour avoir plus d’efficacité, toutes ces actions devraient être combinées d’une manière très précise entre le gouvernement général de l’Algérie, le gouvernement de l’Afrique occidentale française et la légation de France à Tanger.

Du côté du Touat et de la Mauritanie, il faudrait un avancement progressif constant avec la Saguiet-el-Hamra comme objectif. Une action de ce genre sera longue, pénible, parfois coûteuse, mais elle a un tel intérêt politique, elle assurera d’une façon tellement définitive notre occupation réelle des zones d’influence qui nous sont reconnues au-delà de l’extrême Sud-Marocain, que nous ne devons pas hésiter à commencer dans le plus bref délai cette marche en avant vers Oued Smara, dont nous sommes encore distants, à l’heure qu’il est, d’un millier de kilomètres, tant du côté de la Mauritanie que du Sud-Oranais et du Touat.

Communication de M. Ch. RENÉ-LECLERC Délégué général du Comité du Maroc à Tanger.Bibliothéque Nationale de France

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