Acceuil / Maroc / Du 15 Mai au 20 Juin 1929, Sud du Maroc: situation d’ensemble.

Du 15 Mai au 20 Juin 1929, Sud du Maroc: situation d’ensemble.

A l’Ouest du Ziz, après l’avance toute pacifique réalisée en six mois par l’occupation successive de Tarda, Guefifat et El Bordj, un mouvement de réaction a pris naissance dans la haute montagne insoumise, au pays où voisinent les sources du Ziz, du Gheris, du Todhra et de l’Assif Melloul, pays des Cols qui conduisent de l’oued el Abid et de la Moulouya en versant saharien du Grand Atlas. La propagande menée chez les Ait Haddidou du Haut Ziz par les partisans de Mohammed ben Taïbi, notre adversaire sur le front du Moyen Atlas, a abouti à la tragique surprise d’un détachement en reconnaissance, le 8 juin, sur la ligne des postes nouvellement créés, entre Aït Yacoub et El Bordj. Entraînés par le succès, plus de deux mille fusils ont, du 8 au 19 juin, donné l’assaut à plusieurs reprises au poste d’Aït Yacoub qui, opposant une magnifique résistance, a été délivré le 19, à 15 heures par une colonne de secours de six bataillons, formée en hâte dans la région de Ricli. Mohammed ben Taïbi a évité de paraître sur le versant du grand Atlas, malgré les appels que lui ont adressés ses clients Aït Haddidou, mais son neveu Si Aomar a fait preuve, à sa place, d’une extrême activité. Le Taïbi s’est borné à organiser devant Ksiba le front dissident du Moyen Atlas où les djiouch sont apparus plus nombreux et plus audacieux, pénétrant profondément en zone soumise.

Pour dégager le front Sud, partisans et forces supplétives des Cercles Zaïan et d’Ifzer ont, à plusieurs reprises, exécuté des diversions heureuses sur le revers Nord du Moyen Atlas, en pays Aït Yahia, entre la Haute-Moulouya et le Haut-Oued el Abid ; l’une d’elles, le 12 parvenant jusqu’à Tounfit, a brûlé le village, livré combat, ramené des prisonniers, profitant de ce que le plus grand nombre de ses défenseurs étaient partis vers le Haut-Ziz. Quelques centaines revinrent précipitamment dans le ksar dévasté, desserrant d’autant l’étreinte des assiégeants d’Aït Yacoub : Le 17, un groupe de partisans Zaïan et un goum atteignent l’Assif Ouirine (20 km. Ouest de Tounfit) et trouvent le pays vide.

L’agitation a gagné jusqu’en pays Ait Atta, dans le djebel Sagho et une réaction s’est produite au Todhra sans liaison toutefois avec la niasse Aït Yafelman, engagée sur le Haut-Ziz.

La douloureuse affaire d’Aït Yacoub a fait l’objet d’un large débat devant le Parlement, donnant au Gouvernement l’occasion d’exposer sa politique marocaine.

Dès le 23 mars 1929, le Ministre des Affaires Étrangères; renouvelant ses instructions à M. Saint, écrivait :

« La pénétration pacifique est la politique de la « France au Maroc. »

« Elle n’exclut pas, bien entendu, les mesures de « précaution que la sécurité des tribus soumises aussi « bien que celle de nos compatriotes peut rendre nécessaires. »

« Répondant à un interpellateur, M. Briand a ajouté: « Vous nous dites : assurez l’assistance médicale aux « tribus dont l’état sanitaire laisse à désirer, montrez « le souci que vous avez de leur bien-être matériel, ouvrez des marchés, construisez des routes, des chemins « de fer, donnez aux indigènes la possibilité de travail « 1er, de prospérer en pleine sécurité, appelez-les en « fin à vous par la reconnaissance.

« C’est précisément là, messieurs, notre programme, « mais lorsque nous avons appelé à nous les populations, lorsque nous nous les sommes attachées par des « sentiments de reconnaissance, lorsqu’elles se sont « vraiment confiées à nous, n’ont-elles pas le droit, si « un jour elles sont attaquées par une bande de dissidents de se tourner vers nous et de nous dire :

« Nous n’avons pas hésité à aliéner notre indépendance pour venir à vous, mais en échange vous avez « le devoir de nous protéger. Pouvons-nous nous défi rober à notre devoir, abandonner les populations à la « menace de représailles sanglantes, – les laisser ramener peut-être de force et malgré elles dans la dissidence, parce que nous n’aurons pas su leur assurer « la sécurité qu’elles étaient venues demander à la « France ? »

Le Ministre de la Guerre avait auparavant défini à la tribune ce qu’est l’action militaire au service d’une politique pacifique d’attraction. Les officiers de renseignements, « missi dominici » du Résident général, ses intermédiaires au contact des tribus insoumises, nouent, les premières relations, d’abord espacées et réticentes puis plus confiantes, grâce à l’infirmerie et aux marchés largement ouverts ; cependant les plus soupçonneux résistent, les fauteurs de troubles, qui ont tout à perdre si l’ordre s’établit, se montrent irréductibles, mais la majorité est conquise.

Le goum entre en scène pour assurer, la protection sollicitée, protéger contre les incursions éventuelles des voisins turbulents.

Le pays s’équipe avec l’aide des troupes régulières construisant les postes, les routes, renforçant par leur présence l’atmosphère de confiance et de sécurité ; les œuvres sociales interviennent à leur tour dans la paix solidement assurée, établissant de multiples liens d’intérêt et de gratitude, œuvrant patiemment avec le temps qui est en pareille matière l’indispensable auxiliaire.
Un arrêté résidentiel, en date du 7 juin 1929, a réorganisé le Territoire du Sud, dépendant de la région de Meknès.

Il est désormais subdivisé en 3 cercles : Cercle de Rich, avec chef-lieu à Rich (c’est l’ancien cercle de Kerrando).

Cercle d’Erfoud, à Erfoud.

Cercle de Bou Denib, à Bou Denib.

Antérieurement ces deux derniers formaient, ensemble, le seul cercle de Bou Denib.

Les deux premiers font front vers l’Est sur le Ziz le troisième vers le Sud, sur la Hammada, en liaison à l’Est et au Sud-Est avec le Territoire d’Aïn-Sefra.

La Compagnie Saharienne du Ziz, est rattachée au bureau d’Erfoud. Celle du Guir au Bureau de Bou Denib.

Front Sud. — Secteur Sud-Est ou du Ziz. Autour d’Ail Yacoub et d’El Bordj. Combat de Takhiamt, 8 juin  attaque du poste d’Ail Yacoub 9,12 et 19 juin 1’égagement du poste 19 juin.

Le Pays Ait Haddidou. — Il englobe les vallées supérieures du Ziz, du Ghéris et de l’Assif Melloul.

L’assif Melloul est tributaire de l’oued el Abid, sur le versant nord du Moyen Atlas ; le Ziz et le Ghéris sont des oueds sahariens, qui franchissent en gorges profondes le versant Sud du Haut Atlas. Ces deux rivières se rencontrent au Sud du Tafilalet pour fermer l’oued Daoura et se perdre en inaader, en sebkha, terrains de pâturages ou de chotts qui sont la zone d’épandage de ces bassins fermés, noyés plus au Sud sous la masse des erg sahariens.

A vol d’oiseau, il y a environ 150 kilomètres du pays Aït Haddidou au Tafilalet. Les Aït Haddidou sont donc gens de haute montagne, au contact des cols élevés, des sources, des pays en violent contraste suivant qu’on regarde le versant atlantique ou le versant saharien et aussi gens de ksours, pauvres villages qu’entourent des oasis de figuiers, entre 1.500 et 2.000 mètres d’altitude ; on y élève des moutons, qui, l’hiver venu, fuient les rigueurs du climat en transhumant soit plus au Sud dans le Ghéris, soit plus au Nord dans les combes bien abritées du Moyen Atlas.

Gardiens des voies de transit du Nord au Sud, aux débouchés des chemins de Tounfit qu’empruntaient avant l’occupation, les caravanes entre Fès et le Tafilalet, les Aït Haddidou étaient réputés comme détrousseurs de grands chemins, trafiquants peu scrupuleux de « l’anaïa » et de la « zettata » c’est-à-dire de la protection sur la route assurée à prix d’argent.

Au total : 20.000 habitants et un millier de fusils, entre le groupe Aït Yahia de Tounfit au Nord (10.000 habitants et 1.200 fusils) et le groupe Aït Moghrad du Ghéris, au Sud (35.000 habitants et 2.000 fusils).
Les événements avant l’occupation d’El Bordj. •— Jusqu’en octobre dernier, les Aït Haddidou du Haut Ziz se partageaient déjà entre ralliés et insoumis. Les premiers étaient en bonnes relations avec nos postes du Ziz, les autres regardaient de préférence vers Tounfit et tous étaient clients plus ou moins fidèles du marabout Derkaoui xénophobe, Si Mohammed ben Taïbi, notre adversaire sur le front de Ksiba.

L’emprise de ces chefs religieux sur la masse berbère est grande, elle procède d’un double instinct de la race, instinct de conservation qui porte les groupements vers ces saints personnages pour faire trêve de temps à autre aux querelles meurtrières qui divisent les tribus, mettant en péril des liens sociaux déjà précaires ; besoin mystique des individus qui cherchent un guide pour les rapprocher de leur Dieu par le cœur sinon par l’esprit. A leur usage, les chefs des confréries musulmanes ont inventé les pratiques les plus grossières, conduisant leurs adeptes jusqu’à l’anéantissement des sens qu’ils confondent avec l’extase mystique. Il en résulte un assujettissement étroit, une obéissance aveugle de l’élève au maître, les Berbères du Moyen et du Haut Atlas écoutent volontiers les mauvais conseils de leurs marabouts xénophobes qui redoutent les progrès d’une pacification, susceptibles de ruiner leur prestige et de tarir leurs ressources.

Si Mohammed ben Taïbi vient en novembre visiter sa clientèle du Haut Ziz. Aussitôt des partisans armés se rassemblent autour de lui : Ait Yahia de Tounfit, Aït Haddidou du Haut Ziz, AïtMoghrad du Haut Ghéris et du Haut Dadès, Aït Hammou du Ferkla. Le Taïbi les pousse sur notre poste de Mzizel, à 30 kil. En amont de Rich, il brûle en chemin les villages qui tentent de nous rester fidèles prélevant de lourdes contributions et emmenant des otages. Des groupes s’infiltrent en zone soumise ; la ligne téléphonique est coupée entre Mzizel et Rich. Le Commandement renforce le front de défense Sidi Hamza Mzizel qui couvre vers l’Ouest la route stratégique du Haut Ziz, reliant Meknès aux abords du Tafilalet. Du 20 au 29 novembre, l’aviation bombarde les villages du Haut Ziz, refuges des rassemblements hostiles. Si Mohammed Ben Taïbi, fuyant les bombardements, inquiet aussi des manœuvres hostiles de Si Hocein ou Temga, son rival en religion, dans le Moyen Atlas, repasse dans l’oued El Abid sur le versant Nord du Haut Atlas, mais laisse sur place Si Aomar, son neveu, qui s’efforce de maintenir en alerte quelques fusils aux carrefours où le Ziz, le Ghéris et l’Assif Melloul ont leurs sources.

En aval, sur le Ziz, les populations Aït Haddidou « mangées » par le Taïbi, bombardées par nos avions, se reprennent et regardent de nouveau vers Mzizel pour y solliciter une protection définitive. Des pourparlers s’engagent, tandis que plus au Sud, pour confirmer les succès de notre endosmose politique sur la rive droite du Ziz, nous occupons sans incident, le 28 janvier, Tarda, à mi-chemin entre le Ziz et le Moyen Ghéris peuplé d’Aït Moghrad et le 8 février Guefifat, sur le bas Ghéris au contact des Aït Moghrad et des Ait Atta. A leur tour, les villages Aït Haddidou du Haut Ziz : El Bordj, Aït Yacoub, Igli, sont disposés à nous accueillir. Nos troupes y entrent le 29 avril.

Jusque-là, aucune réaction nulle part, un poste est en construction à El Bordj, un autre à Aït Yacoub. Par El Bordj, par Tarda, par Guefifat, le Ghéris en entier entre dans le rayon de notre action politique, on peut espérer une liaison prochaine par le Ferkla et le Todhra entre notre front du Ziz et celui du Draa.

Mais Si Aomar et ses partisans sont en éveil et la réaction commence dès le 30 avril.

Des groupes hostiles se forment dans le Nord et l’Ouest d”El Bordj, des rôdeurs viennent jusqu’à proximité d’El Bordj et d’Aït Yacoub que sépare nu couloir en montagne d’une dizaine de kilomètres, particulièrement mouvementé sur le flanc ouest. Un autre personnage religieux, Si Taieb, fils de Mohand ou El Hadj, chef de la zaouia de Sidi Mohammed ou Youssef dans le Haut Ghéris, réunit autour de lui 300 fusils et le 10 mai tente d’attaquer par traîtrise notre poste d’El Bordj ; il est repoussé. Cependant les rassemblements persistent.

L’Aïd el Kébir est proche (20 mai) c’est grande fête chez les Musulmans, chaque famille si pauvre soit-elle égorge un mouton, rappel du sacrifice d’Abraham que le Prophète a désigné comme l’ancêtre de l’Islam.

C’est un jour de réconciliation, célébré également à via Mecque, suivant les mêmes rites, par tous les pèlerins du monde : fête plus politique que familiale, fête favorable au mouvement des âmes et aux propagandes de la foi.

Les réunions se multiplient dans le Haut Ghéris, de nouveaux agitateurs se découvrent. Un nommé Si Saïd prêche chez les Art Atta du Djebel Sagho, il paraît d’ailleurs s’identifier avec un jeune marabout de même nom, originaire des Aït Atta du Sahara, qui en février dernier entraînait 200 Aït Mohand à l’attaque d’un ksar voisin de Paderbo sur l’iront du Moyen Atlas ; un autre meneur se révèle à la Zaouia de Sidi El Haouari du Ferkla.

Le 15 mai, notre aviation bombarde efficacement un groupement Aït Yahia de garde au col deMaoutfoud, à 7 kil. Au Nord d’Aït Yacoub, sur un des chemins menant vers Tounfit.

En pays Aït Haddidou, le Tazarin, à 15 kil. Ouest d’El Bordj, devient le foyer de la propagande et le centre des rassemblements. Des appels, des injonctions en partent à l’adresse des districts Aït Moghrad du Ghéris, de l’Assif Melloul et du Haut Dadès ; Si Mohand ou el Hadj et Si Aomar” rivalisent d’activité et leurs efforts sont bientôt couronnés de succès ; dans la semaine du 28 mai au 3 juin des contingents Aït Moghrad apparaît au milieu des rassemblements déjà signalés dans l’horizon d’El Bordj, on note en même temps des mouvements inaccoutumés en pays Aït Yahia, sur les routes de Tounfit.

Déjà dans la nuit du 24-25 mai, il y a eu des coups de feu sur Igli à 5 kil. S.S.O. d’El Bordj, sur Afraskou au N.-O. d’Aït Yacoub.

Une grande assemblée s’est tenue chez les Aït Moghrad pour y décider d’une trêve générale et dès qu’elle se sépare, les notables les plus connus prennent la route du Tazarin. Quelques Aït Hannnou suivent le mouvement. L’agitation s’étend dans un rayon de près de 50 kil. Le 6 juin, nouvelle escarmouche devant Igli, qui coûte 2 tués à nos partisans. Le 7 au soir, la ligne téléphonique est coupée entre Aït Yacoub et El Bordj. Cependant, au voisinage immédiat des postes, les ksours soumis restent fidèles.

IAI combat de Tahiant. — Le 8 juin au matin, le goum d’Aït Yacoub sort pour réparer la ligne. Du poste à 7 h. 30, on entend une vive fusillade dans la direction d’El Bordj : l’adversaire attaque à ce moment un blockhaus à 1.200 mètres au Nord-Ouest d’El Bordj.

Après le goum, deux compagnies de tirailleurs marocaines, une section de Légion quittent Aït Yacoub à 8 h. pour exécuter une diversion en direction d’El Bordj. Le goum est accroché à hauteur de Tahiant à mi-chemin d’El Bordj ; une compagnie va le dégager, elle est bientôt assaillie par de nombreux groupes. A 11 h. 30, tout le détachement est fortement engagé. L’aviation, orientée d’abord sur l’attaque du Moulay Ali, ne découvre que plus tard la situation précaire des troupes d’Aït Yacoub ; le temps défavorable interdit bientôt le départ de l’escadrille d’Assaka, 3 appareils seulement survolent le terrain de l’action D’El Bordj on suit le combat sans en percevoir la gravité, un bataillon sort et coopère à longue distance par ses feux.

Autour de Tahiant les chefs tombent, il y a flottement, les pertes grossissent, les survivants regagnent Aït Yacoub en désordre. A quatorze heures, tout est terminé.
L’attaque du blockaus de Moulay Ali n’a été qu’un incident, tous les combattants ont rameuté sur le détachement d’Aït Yacoub. En cinq heures de combat, ils ont pu accourir de 20 à 25 kil. À la ronde d’instinct, individuellement dès qu’ils étaient prévenus ; c’est la règle du combat’ berbère.

La levée en masse. — Le succès retentit dans toute la montagne, les contingents grossissent autour d’Aït Yacoub. Le 9 une reconnaissance part d’El Bordj sur Tahiant ; elle ne peut dépasser ce dernier ksar où elle recueille un officier isolé, blessé depuis la veille.

Le même jour, vers 13 heures, le poste d’Aït Yacoub est attaqué sans succès. Si Aomar, neveu du Taïbi, est à Taribaiit aux sources du Ziz avec 250 fusils venus de l’Anitrous qui est aux sources du Ghéris ; Asfrakou au Nord d’Aït Yacoub, Tahiant entre Aït Yacoub et. El Bordj, Idalioun en amont et au Nord-Est d’Aït Yacoub sont occupés, une garde est placée au col de Foum Agroud, sur la route de Mzizel-Idalioun.

Le 12 juin, à midi, une nouvelle attaque débouche d’Afraskou jusqu’à 100 mètres des monts d’Aït Yacoub, elle laisse 10 cadavres sur le terrain. Du 13 au 16, la situation reste stationnaire, les abords du posté sont dégagés, un avion peut venir y atterrir le 14.

Mohand ou el Hadj est à Asfrakou depuis le 12. Ce même jour, une heureuse diversion, menée hardiment sur Tounfit par les forces supplétives du Cercle d’Itzer, a pu entrer dans le village presque vide de ses défenseurs, y mettre le feu, livrer combat, laisser sur le terrain 35 dissidents et ramener 6 prisonniers.

Les Aït Yahia reviennent en nombre des Aït Yacoub I sur Tounfit dès qu’ils apprennent la nouvelle de cette rapide incursion ; 3 ou 400 fusils repassent dans le Moyen Atlas mais les renforts affluent de partout ailleurs.

Le 17, le poste d’Aït Yacoub, le village, le camp des goumiers qui est contigu sont de nouveau assaillis, l’aviation intervient avec succès. Dans la nuit du 18 au 19, nouvel assaut ; le ksar Aït Yacoub ouvre ses portes, le goum résiste dans une partie du village, le combat dure jusqu’à l’arrivée de notre colonne de secours.

Elle s’est formée dès le 13 sous les ordres du Général Niéger rassemblant 4 bataillons, I goum, I compagnie saharienne, 1 escadron de cavalerie. Le 18 elle se porte de la zaouia de Sidi Hamza au Nord de Rich sur Tangrift, en aval d’Aït Yacoub ; 2 bataillons et des partisans l’y rejoignent venant du Ziz par le col de Foum Agroud évacué par l’ennemi.

La marche se poursuit le 19, par Idalioun, sur Aït Yacoub. La harka dissidente compte plus de 2.000 fusils. Elle se disperse après de lourdes pertes laissant sur le terrain plus de 400 cadavres et 250 fusils.

Le guerrier berbère croit ce qu’il voit et ne se rend qu’à l’évidence. Un faible détachement, un petit blockhaus qui apparaît isolé, perdu, voué à la destruction. C’est au même moment le sentiment de chacun et de tous et c’est individuellement qu’à, cet instant les combattants se rencontrent à la curée ; l’instinct leur tient lieu de chef, d’ordre et de tactique. L’amour du pillage exacerbe l’ardeur au combat. Psychologiquement c’est une foule en état d’hypertension morale, elle va plus loin que ses moyens, elle ignore le danger qui aient. Une action bien montée est assurée de lui infliger les plus lourdes pertes au plus faible prix. L’enthousiasme s’effondre en quelques heures, la crise est brusquement résolue.

Il en fut ainsi après chaque mauvaise affaire : à El Herri en novembre 1914, à Médiouna en avril 1919, devant Ouezzan en mars 1927 et toute l’aventure riffaine procède de ces impondérables psychiques que mettaient particulièrement en valeur deux faits : la présence d’un chef politique et militaire, Abdelkrim et l’existence d’un armement tellement développé qu’il y avait sur tout le front riffain, un fusil entre les mains de chaque homme en état d’aller au combat.

Autour d’Aït Yacoub en a vU poindre plusieurs personnalités religieuses mais aucun chef de guerre et l’incident est ainsi resté localisé.

Pour notre part, une fois de plus se vérifiait la règle qu’il est en pareille condition imprudent de sous-estimer l’adversaire.

En juin 1926, on décidait d’appliquer une division contre la dissidence de Tichchoukt qui comptait’4 à 500 fusils de valeur. L’affaire fut réglée en 24 heures entre 2 et 3.000 mètres d’altitude avec des pertes insignifiantes pour les troupes régulières engagées, un peu plus lourdes pour les partisans.

Au contraire des événements du Tafilalet, en août 1918, les Aït Atta semblent s’être tenus à l’écart. Il y a eu palabre au Djebel Sagho, on y a noté la présence d’un agitateur, Si Saïd, il n’a réuni que peu de partisans. La levée d’armes n’a pas dépassé le Ferkla et le Ghéris, c’est à peu près la limite entre Aït Yàfelinan et Aït Atta.

D’ailleurs le 10 mai, il y avait combat au Tafilalet entre les Aït Khebbach de Taouz, alliés des ksouriens du district du Ghorfa et les partisans de Belgacen Ngadi ; des Aït Moghrad du Ferkla, qui sont, des Aït Yafelman, semblaient même devoir s’y rendre à. leur tour, tournant le dos à leurs frères du Haut Ziz.

Quelques djiouchs Aït Khebbach (Aït Atta) ont reparu en arrière du front du Ziz vers Hassi Hassan (30 kil au Nord-Est d’Aoufous) et à Kadoussa le 13 juin, où nos partisans ont perdu 4 tués, 3 disparus et 1 blessé.

Secteur Central ou du Moyen Atlas. — (Annexe de Midelt, Cercles d’Itzer, des Zaïans, de Ksiba, de Béni Mellal et d’Asilal).

Si Mohammed Ben Taïbi est resté sourd à l’appel des Ait Haddidou sur le revers Sud du Haut Atlas.

Depuis plusieurs mois, il organise la défense de la région de Naour, ordonnant la construction de kasbahs de garde, face au rentrant N.-E. de notre front du Moyen Atlas, de Ksiba au Tiffer. Nos reconnaissances se heurtent dans ce secteur à une garde permanente dans un rayon de 6 à 8 kil.de nos postes avancés.
Le Taïbi a d’ailleurs d’autres soucis. Dans l’Ouest ses partisans Aït Mohand sont de nouveau en conflit armé avec les Aït Sokhman, fidèles à son adversaire Si Hocein ou Temga.

Dans le Sud-Est, sur le Haut oued El Abid, nos forces supplétives partant d’Arbala, le 8 juin ont occupé sans incident les positions de Bou Naas, Bou Itbirt et Tizi Ntisbi situées sur le pourtour et à l’Ouest de la cuvette d’Arbala.

Le 15 au soir, 2 légionnaires sont légèrement blessés au poste de Bou Naas.

Quelques groupes de cavaliers apparaissent dans Azaghar Fàl, au pied des pentes tenues par les nouveaux points d’appui, sur la rive droite du Haut Oued el Abid.

Le 18, plusieurs pointes poussées sur le djebel Assatour et jusqu’à l’oued trouvent le pays vide.

Dans la matinée du 17 juin, plus à l’Est, un groupe de partisans Zaïan et un gourn effectuent une diversion sur la rive droite de là Haute Moulôuya dans la région du Djebel Oujjit et, par le col d’Idikeh apparaissent sur l’Assif Ouirine (haut oued El Abid) eii pays Ait Yahia à une vingtaine de kilomètres dans l’Ouest de Tounfit déjà attaqué avec succès le 12 juin.

Au retour, les partisans ont un léger engagement sans perte vers Taaricht, à 5 kil. E.-S.-E. de notre poste d’Idikel. Le groupement Aït Yahia, éprouvé sur le versant Nord du Moyen Atlas à Tounfit, assailli sur l’Assif Ouirine, a subi de lourdes pertes aux côtés des Aït Haddidou devant Aït Yacoub sur le versant Sud du Haut-Atlas. Il a, désormais nettement conscience des forces qui l’encerclent et le surveillent.

L’aviation a été particulièrement active contre les rassemblements du Taïbi à l’Est et contre la fraction des Aït Hamnii ou Saïd du djebel Tassemit, voisine de l’Aderbo, qui refuse d’expulser les ravisseurs de M. Zubillàga. Ces derniers négocient cependant pour se ménager une retraite plus éloignée du front.

On compte dans le mois une trentaine de rencontres avec les djiouchs ennemis, particulièrement nombreux sur le front de Ksiba et des Zaïan qui est le front du Taïbi. Certains semblent avoir pénétré profondément en zone soumise sur la rive gauche de la Moulôuya au Nord et à l’Ouest d’Itzer. L’un d’eux le 3 juin, enlève des boeufs dans la région d’Aghbalou Larbi à plus de 50 kil. En arrière du front et le lendemain dans la nuit, vraisemblablement en retour vers Tounfit, tue 2 indigènes et dérobe des mulets à 20 kil. au N.-O. de Midelt.

Le bilan des djiouchs et des embuscades sur le front du Moyen Atlas se chiffre pour le mois par 12 tués, 8 blessés pour nos troupes régulières et supplétives, nos partisans et nos soumis une quarantaine de tués et 14 blessés dans le camp adverse. • Les soumissions se réduisent encore à une dizaine d’isolés.

Secteur Sud-Ouest ou du Draa. — Un arrêté résidentiel en date du 14 juin a créé, à la date du 15 mai, un bureau des Affaires indigènes à la Kelaa des Mgouna sur le Dadès. Il a charge de l’action politique dans les districts du Dadès et sur les fractions Aït Atta qui peuplent la région entre Dadès et Todgha.

Une piste est en construction entre Taourirt du Ouarzazat et la Kelaa des Mgouna ; elle atteint déjà les casbahs de Skoura, à 45 kil en amont de Taourirt. ‘ Il y a 96 kil. de Taourirt à la Kelaa sur un terrain où palmeraies et casbahs se succèdent sans arrêt le long de l’oued.

Le poste de Taourirt du Ouarzazat est lui-même sur l’oued Ouarzazat, à quelques kilomètres de son confluent avec le Dadès, il marque le carrefour des routes de Marrakech par le col du N’Tichka, de Taroudant par le revers Nord-Est de l’Anti Atlas, de la Kelaa des Mgouna qui est une amorce vers le Tafilalet par le Dadès, le Todrà et le Ferkla, enfin du Coude du Draa, par la grande rue de palmiers que le fleuve dessine vers le Sud sur plus de 200 kil.

Le 10e Goum, rappelé de Zoumi sur le front Nord, est venu remplacer à N’Telouet le 36e, poussé jusqu’à la Kelaa des Mgouna.

En zone insoumise, il y a conflit tout local entre Aït Sedrat de la plaine et de la montagne, en amont de la Kelaa des Mgouna ; la plupart des fractions de la tribu envoient cependant leurs représentants le 5 juin au nouveau poste.

Au Todgha, les Aït Atta ont attaqué à deux reprises la fezza Glaoua, unité de partisans qui garde pour notre compte les avancées du pays d’influence glaouà vers le Ferkla.

En fin mai, il y a eu 2 tués de part et d’autre ; le 11 juin un détachement de la fezza tombe dans une embuscade d’Aït Moghrad et Aït Isfoul (Ait Atta) et perd 1 sergent et 6 partisans ; les Aït Atta ont 2 tués et 1 blessé.

Des notables Aït Atta au service des Glaoua sont partis sur les lieux pour rétablir le calme au Todhra. L’incident qui mérite attention, n’est que le résultat de l’agitation qu’Un marabout du nom de Si Saïd entretient depuis quelque temps dans le Djebel Sagho, et aussi les échos de la malheureuse affaire d’Aït Yacoub.

Il faut toutefois retenir que les Aït Atta., s’ils marquent de l’hostilité à notre égard, n’ont pas cru devoir faire cause commune avec les Aït Yafelman, aux prises avec nos troupes sur le Haut-Ziz. En 1918, sous l’influence d’un marabout. Si Mohammed Nifrouten, dit le Sembali, et de son lieutenant Belgacem Ngadi, la grande confédération nomade du Sud avait su au contraire entraîner vers le Tafilalet les groupements Aït Moghrad, Aït Yafehnen du Ferkla et du Ghéris et ce fut pour nous le malheureux combat de Gaouz, l’anéantissement d’un bataillon sénégalais surpris en pleine palmeraie et l’évacuation du Tafilalet pour faire face à la révolte gagnant de proche en proche tout le front du Ziz.

Source:Bibliothèque nationale de France

Recueils et adaptation à la publication par : Lahcen GHAZOUI

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