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De la traduction : chemin vers l’autre.

Par: Abdelouahed Hajji

Ce titre : De la traduction renvoie à l’un des ouvrages émérites : De la traduction du philosophe marocain Abdeslam Benabdelali dans lequel il re-problématise la question de la traduction comme question philosophique et comme processus de la pensée. Dès lors, la traduction n’est pas une opération superficielle et facile. Mais, il s’agit d’une grande problématique qui suscite tant d’avis. Revisiter en fait l’ouvrage d’A. Benabdelali  demeure une nécessité surtout dans notre conjoncture connue par le refus de l’étranger et par les grands avatars que connaît notre temps. C’est pour comprendre aussi l’édifice de la traduction dans un autre angle différent. Un angle philosophique et différentiel qui crée chez le lecteur un désir de la pensée. Une pensée qui s’oriente vers le questionnement de l’être avec son monde. À partir de ce livre, l’écrivain expérimente un ensemble de questions relatives également à l’homme en sa relation avec son semblable : autrui. La traduction dans le système de pensée d’A. Benabdelali porte un costume fait, fondamentalement, de la différence. Une différence qui reconnaît que le monde est hétérogène par essence ce qui enrichit le devenir existentiel et intellectuel de l’être. L’opération de la traduction reconnait, sans doute, que l’identité est par nature impure. Autrement dit, l’identité de l’être/texte rejoint cette mer plurielle. Un texte, pour expliciter, est un ensemble d’éléments disparates ; c’est-à-dire hybride. C’est bien le lecteur/traducteur qui essaie de rassembler ces fragments afin de constituer une image mentale que peut-être l’auteur n’aura pas lors de la rédaction de son texte.

Ennemie de Dieu, la traduction avait une histoire fameuse d’où elle est née d’un mythe connu sous le nom de Babel. Ce châtiment divin brouilla l’unité des langues en condamnant les fils d’Adam au plurilinguisme. L’hétérogénéité est en effet le protecteur de Dieu face aux gens qui cherchaient à l’atteindre par le biais de la construction d’une tour. Alors, la traduction déconstruit cette tour de Babel ; la déconstruire c’est essayer d’unifier ce que Dieu a dispersé. C’est tenter de réclamer le droit à une pensée libre et plurielle. La traduction est par essence une mise en œuvre de la différence. C’est-à-dire on est déjà dans une différence linguistique qui a un visage, certainement, culturel. De là, la traduction vient de la différence via la différence. Elle renforce le sentiment de paix et d’amours entre les êtres.
Étant une déconstruction du texte source, la traduction a une autre fonction. Elle accompagne le progrès. Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui les pays les plus développés traduisent beaucoup. L’exemple à donner est celui d’Espagne et d’Israël. Ces derniers n’hésitent pas à traduire le savoir de l’Autre. De ce fait, la traduction est une industrie de la pensée. Citons A. Benabdelali : « Les périodes florissantes de la pensée coïncident le plus souvent avec l’efflorescence du mouvement de la traduction. » (De la traduction (traduit de l’arabe par Kamal Toumi), Casablanca, éd. Toubkal, 2006.) De là à déduire que, traduire c’est suivre le côté lumineux de l’Autre. C’est s’inscrire dans l’histoire au sens qu’Abdallah Laroui arroge à ce terme. C’est-à-dire actualiser sa pensée sous la lumière de celle de l’Autre. Cela revient à dire que la traduction n’est pas un synonyme de l’assimilation, ni de rejet de l’autre. C’est bien un acte d’amour envers l’Autre. Traduire l’étranger c’est l’accueillir dans notre demeure qui est notre langue. C’est lui enlever cette étrangeté afin qu’il devienne l’un de nous.
La traduction comme opération fondamentale stipule suivre ses rites. Parmi ses rites la bonne maitrise des langues qu’on veut faire dialoguer demeure incontournable. Disons que dans la traduction ce sont les cultures qui se mettent en dialogue. La traduction est, pratiquement, cet art qui s’engage à faire parler l’auteur du texte source dans une autre langue, c’est lui permettre d’être plurilingue. Abdeslam Benabdelali écrit dans ce sens : «  Le traducteur voudrait écrire le texte au nom de son auteur, l’écrire sans que le texte porte sa signature, sa trace ; il voudrait intervenir sans intervenir ; il voudrait apparaître pour mieux disparaître. »
Traduire l’Autre revient souvent à dire communiquer avec lui dans un cadre d’hospitalité. À vrai dire, la traduction est une ouverture vers le possible. De là, on peut dire que la traduction est un acheminement vers l’inter comme espace interstitiel qui se propose de rendre les frontières franchissables, de dire l’inédit de l’expérience humaine, de connaître l’inconnaissable et de pénétrer l’impénétrable. En plus, elle se veut une réhabilitation du texte original dans le sens où elle lui offre un autre visage vif. A. Benabdelali étaye, fortement, cette idée lorsqu’il a souligné que : «  La traduction insuffle la vie aux textes et les transmet d’une culture à une autre. Le texte ne survit que parce qu’il est à la fois traduisible et intraduisible. » Intraduisible, à notre sens, dans le fait qu’on ne peut pas traduire fidèlement les mêmes sensations d’un tel écrivain, car il s’agit d’une existence qui se vit, d’un être face à l’existence. Comme on ne peut pas fixer une seule traduction à un texte. L’intraduisible est pratiquement cette preuve qui montre que la différence est constante. Traduisible au sens que tout texte offre une lecture. Lire un texte c’est l’amener vers un voyage sémantique, culturel et philosophique.

La traduction s’évolue dans le temps ; ce n’est pas une donnée immédiate et fixe. Chaque traduction apporte un ajout au texte original. Traduire en effet c’est interpréter. Le traducteur essaie de traduire ce qu’il a compris. Ce n’est pas une machine ! Ce n’est pas une traduction littérale. Ceci dit, le texte original est truffé des signifiances au sens barthésien ; c’est-à-dire que chaque traducteur se trouve devant le travail herméneutique. Et l’original peut s’interpréter de différentes manières. On peut dire à travers ce raisonnement et à travers les déductions d’Abdeslam Benabdelali que la traduction est une transformation et reproduction du texte original tout en donnant une atmosphère culturelle. La traduction nous met devant une leçon primordiale stipulant que les langues sont égales. Aucune langue n’est faible en soi ; c’est l’idéologie qui affaiblit les langues.
Si le traducteur assied dans une place médiane entre les chefs d’États, cela n’est pas un fruit du hasard, mais il renseigne implicitement et explicitement sur la place centrale qu’occupe la traduction dans le monde. Une place interstitielle qui introduit l’autre dans le soi.
Tâche délicate par extension, la traduction est une manière de traiter humainement le bien immatériel de l’autre qui est sa culture. Traduire l’autre en fait c’est l’aimer et entrer avec lui dans une relation d’intimité. Paraphrasant Abdelfattah Kilito quand il a parlé de la langue de l’autre et disant : On ne peut pas traduire l’autre si on ne désire pas sa langue. La traduction passe par l’amour de l’autre. La traduction est forme authentique pour dissiper les malentendus. C’est rectifier également les stéréotypes qu’on a sur l’autre. La traduction ne définit pas l’œuvre, car la définir c’est la perdre. Mais, elle tente de lui rappeler que le seul lieu possible est celui de l’entre-deux.

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Abdelouahed Hajji

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