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Dans l’utilité de la connaissance et le savoir

Article rédigé par: Brahim Ouhennou

Durant les époques historiques de l’humanité, le concept de « la connaissance » présente une problématique assez provocatrice et assez séduisante pour tous les hommes de la science. Ceux-ci ne peuvent prétendre, en aucun cas, avoir donné une réponse satisfaisante et déterminative à toutes les interrogations relatives à ce concept. De même, personne ne possède une vérité absolue et incontestable de tous les champs du savoir puisque toute manifestation de ce dernier reste relative et en perpétuelle évolution. Réparties en deux grands types à savoir commune et scientifique, les connaissances deviennent encore plus complexes à expliquer. Et si on ajoute la notion de « l’utilité » à celle de « la connaissance », nous allons nous trouver devant un labyrinthe cognitif bien compliqué qui nécessite une réflexion approfondie et propose une multiplicité d’interprétations et d’analyses mettant en relation ces deux concepts.
A la question de l’utilité de la connaissance ? Gérald Berthoud et Giovanni Busino ont essayé de fournir des interprétations minutieuses proposant une mise en lumière de l’utilité en rapport avec la connaissance. D’abord, quelle définition peut être donnée à chacun de ces deux termes sachant bien la complexité qu’ils s’entretiennent lorsqu’on essaye de les regrouper ? Le critère de l’utilité peut être considéré comme vrai dans la mesure où il sert le « bonheur de l’homme ».
Ce bonheur s’incarne, comme le dit Bentham, dans le plus grand bonheur du plus grand nombre du côté des biens matériels dont il est indispensable de les partager entre l’ensemble des êtres humains. A ce niveau-là, cet utilitarisme n’est autre chose qu’une combinaison de fins et de moyens s’enregistrant dans le cadre de la servitude inéluctable de l’humanité. Cette perspective est encore renforcée de la part de Acton qui précise lui-aussi que l’utilité s’apparente à la recherche du bonheur selon les exigences d’une véritable « arithmétique des plaisirs » ; c’est-à-dire que cette utilité se définit par rapport à l’idée du plaisir de l’Homme. Ce qu’on vient de dire reste des généralités optant pour une réponse à la question à quoi sert cette utilité ? Cependant, comment la connaissance peut être conçue puisqu’on parle de « l’utilité de la connaissance »? Le terme de « connaissance s’avère très complexe à définir car il peut avoir de multiples définitions, chaque chercheur le conçoit à sa propre manière. Pourtant, le point commun qu’on trouve chez la plupart de ces conception est le fait que la connaissance se fonde sur la base des contradictions existantes entre plusieurs notions comme le savoir objectif et la croyance, la science et la non-science, le vrai et l’opinion, même entre la connaissance et la non-connaissance…etc.
Le plus important c’est que notre culture, selon les propos de Cassirer dans sa magistrale histoire des théories de la connaissance, a essayé, de façon sinueuse, de fixer les limites entre toutes ces contradictions. Cela ne peut être atteint qu’à travers la démarche de réduire la connaissance à un ensemble d’opérations très diverses dans le but de dégager des objets spécifiques et d’en découvrir les mécanismes de construction pour arriver enfin à reconstituer le mode de production de ces limites. Quelle différence existe-t-il entre une connaissance proprement dite et une croyance ? A cette question, cet article nous donne une réponse consistant à différencier la connaissance de la croyance dans la mesure où la première forme la science parce qu’elle consiste à reproduire dans la pensée les effets et les mécanismes de composition des phénomènes et à lier les données expérimentales aux structures logico-mathématiques. Par contre, la croyance est un système de significations cognitif et affectif, mais avec des procédures d’établissements des faits ne relevant presque jamais de la causalité. Ces propos nous rappellent les deux perspectives visées, d’une part par David Hume, philosophe empiriste, qui défendait l’idée que chaque phénomène doit être analysé suivant la logique de cause/effet interrogeant presque toujours le principe de causalité s’appuyant sur l’expérience. Et d’autre part, celle de Emmanuel Kant, philosophe rationaliste, qui a réfuté la théorie de Hume tout en montrant que « si toute connaissance débute avec l’expérience, cela ne prouve pas qu’elle dérive toute de l’expérience ». Donc, cette connaissance peut apparaître sous deux grands types à savoir celle objective qui a rapport à la science « dure » et celle subjective qui a rapport à la science « molle ». Sur ces entrefaites, quelle différence existe-t-il entre ces deux sciences ?
La connaissance dite « dure » est objective (les sciences mathématiques et les sciences de la matière comme exemple), elle cherche l’universalité d’une manière à être soumise à des normes et à des règles connues et conventionnées partout dans le monde entier, c’est-à-dire qu’elle doit être régie par une certaine logique cartésienne visant à débuter toujours par le simple et l’élémentaire en passant par le composé et en aboutissant enfin au complexe. Alors que les sciences « molles » qui sont subjectives (les sciences humaines en est l’exemple) ne s’assujettissent guère à cette logique cartésienne puisqu’elles n’acceptent jamais de comprendre une partie sans la mettre avec son tout. En d’autres termes, elles doivent être comprises et analysées selon un contexte socio-historique partant depuis les premières tentations de concevoir et de percevoir tous les phénomènes du monde. Quel type de culture paraît-il hégémonique et dominant lorsqu’on veut faire une comparaison entre eux ? Cette interrogation mène à une diversité de point de vue qu’on peut qualifier de contradictoire; il y a des chercheurs qui disent que la solution est de voir, dans les deux cultures (celle classique comme exemple la littérature et l’art, et celle moderne ou bien scientifique et technique), un aspect de complémentarité mutuelle, Snow voit que les littéraires sont invités à apprendre ce que sont les lois de la science de la matière physique et qu’inversement les étudiants de la science doivent avoir une idée sur ce que sont les textes littéraires, alors que Lévy-Leblond constate que la culture scientifique a dominé toutes les autres formes de connaissance puisqu’avec l’évolution des sciences techniques actuelles, la partie classique a été largement dépassée.
Dans une autre perspective, les élaborateurs de ce texte mentionnent qu’il y a d’autres solutions pour pouvoir dépasser ce problème visant le jugement de l’utilité des sciences classiques et des sciences modernes, à savoir l’anarchisme méthodologique, les doctrines dionysiaques et hédonistes pour les sciences humaines…etc. Actuellement, le problème de l’utilité de la connaissance est bel et bien lié à une vision d’investissement, d’industrialisation de la science et de la technique. Autrement dit, la science et la technique subissent l’influence des politiciens puisqu’on ne parle de cet utilitarisme que s’il est lié à d’autres concepts économiques tels que la rentabilité, l’efficacité ou encore les coûts de production…etc. Certes, cela ne conduit qu’au monopole de la science et de la connaissance en général dans le but de les exploiter sous prétexte de la recherche de l’idéal humain. Ceci est bien présent dans les sociétés d’aujourd’hui. A ce point, la science n’est plus jugée utilitariste parce qu’ « elle est devenue un moyen pour réaliser des finalités qui lui sont imposées de l’extérieur ». Par ailleurs, ce champ unitaire des techno-sciences peut-il ou a-t-il pu exister séparément au fil du passé et du présent ?
Après une antiquité qui n’a pas connu grande chose technique, après des temps médiévaux jugés « obscurantistes », les temps modernes arrivent pour s’intéresser plus au statut de l’Homme. Avec la renaissance et le XVIIème siècle, un certain esprit critique, scientifique et même technique commence à apparaître chez les savants mettant en question, sans limites, toutes les interrogations possibles du monde, Galilée en reste un exemple parfait de cela, il a perfectionné et exploité la lunette astronomique, il a aussi défendu la théorie copernicienne consistant à l’héliocentrisme de l’univers. De plus, l’encyclopédie de Diderot et de d’Alembert a marqué la technicité et la scientificité d’un XVIIIème siècle appelé siècle de lumière.
Le titre même de cette œuvre gigantesque que c’est, dit Gilles en1978, jusqu’au milieu du XIXème siècle qu’on a distingué formellement les ‘arts’ et les ‘sciences’. Cela pousse à confirmer que cette séparation du champ unitaire techno-science devient de plus en plus impossible. Le début du troisième millénaire où les recherches scientifique et technique se diversifient et se multiplient dans tous les domaines de la connaissance annonce une indissociabilité de la technique et de la science. De nos jours, la question qui se pose n’est plus celle de « à quoi cela sert ? », plutôt c’est « cela marche-t-il ? » puisqu’on vit dans une ère où la techno-science se trouve liée à quelques concepts économiques comme l’efficacité, l’utilité, le pouvoir, le rendement…etc. les sciences exactes et les sciences humaines sont toutes deux liée au critère de la scientificité et de la technicité visant le bien pour toute l’humanité. Plus loin que là, la question n’est encore plus « cela marche-t-il ? » mais également « cela se vend-il ?» puisqu’on est dans une société reconnaissant le principe de production/consommation. Mauss écrit déjà en 1941 que « le cercle des relations science-technique est de plus en plus vaste, mais en même temps, de mieux en mieux fermé ».
De ce fait, il est indispensable que le scientifique relie étroitement les domaines de la science, la technique, l’économie et la politique. Pour qu’on puisse parler d’une politique scientifique réussie et au service du bonheur de l’homme, il faut bien orienter cette techno-science vers l’encouragement des recherches supervisant la bonne compréhension de tous les phénomènes reliés à l’homme et au monde. Ceci doit être l’objectif d’une ambitieuse volonté de mettre en avant l’utilité de la science et de la connaissance. Donc, il faut distinguer ces recherches entre ce qui est utile à la société et ce qui ne sert à rien.
Quand à ce bonheur de l’homme, il ne se réalise qu’à travers l’exploitation de la science moderne et postmoderne dans le but d’une recherche d’un utilitarisme de l’Homme considéré comme un universel singulier. Cependant, est-il vrai de considérer la dichotomie utile/inutile comme un piège ? Cette dichotomie n’est qu’un alibi visant à dévier le chemin de l’évolution de la techno-science. Personne n’a le droit de juger une telle ou telle science comme étant utile ou inutile, alors que celui, ayant des intérêts derrière ce jugement, n’est en fait qu’un pouvoir politique, comme était le cas du pouvoir français cherchant à donner, selon les propos du sociologue Crozier, de l’argent à condition qu’il ne soit pas lié par ces recherches, c’est-à-dire à condition qu’elles ne servent à rien.
D’où l’on déduit ce piège dans lequel les recherches scientifiques sont condamnées à être dirigées. Quelle primauté les sciences humaines peuvent-elles avoir dans ce champ de la techno-science? Cette primauté se matérialise lorsqu’il est question de s’interroger autour des conceptualisations des objets issus de la vie sociale. Les sciences humaines ont la capacité de traduire des idées sans avoir besoin de recourir à un tel ou tel objet, les sociologues, les psychologues, les chercheurs spécialistes en sciences humaines élaborent des théories tout en ayant la possibilité de donner une approche éclectique de tous les concepts.
De plus, nous pouvons parler de deux types d’attitudes produits par les sciences humaines, une attitude consistant à concevoir l’objectivité scientifique comme un idéal et l’autre consiste à rendre le chercheur comme un homme sans partie prise. En d’autres termes le chercheur en sciences humaines crée une dialectique harmonieuse entre la subjectivité et l’objectivité comme en est l’exemple de la littérature lorsque Jean-Paul Sartre précise que la « vraie », la « pure » littérature n’est autre chose qu’une subjectivité qui se livre sous les espèces de l’objectif.
En termes de conclusion, nous pouvons dire que le rôle des sciences humaines reste primordial dans la mesure où elle peut regrouper toutes les autres formes de la connaissance et son utilité se justifient par ce besoin d’une discipline ayant ce pouvoir d’être générale et bien globalisante des autres champs de la connaissance.

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