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Cogiter et penser la réalité virtuelle et la virtualité réelle

Article rédigé par :Ismail El Idrissi

On sait que la vie est, abondamment, menacée d’une manière indicible. On le sait sciemment. L’homme qui habite en nous est incapable de le dire, de l’avouer, spécialement, mais il n’accepte pas la situation telle qu’elle est, il essaye de la refuser. Si quelqu’un aimait maintenant vous poser la question : qu’est-ce que l’homme? Vous devriez y répondre en disant : l’homme, c’est, majoritairement, le virtuel.
Gilles Deleuze dans Différence et Répétition a écrit : « Le virtuel possède une pleine réalité, en tant que virtuel ». Réalité au fond détachée de sa vie, de son temps et espace. Réalité sans départ, ni arrivée. Réalité sans altérité, ni ipséité. Pourtant, il l’obsède sans trêve ni repos. L’homme sait bien que sa vie est loin de ce qu’il vit au sein de la machine, néanmoins, il essaye de s’identifier en créant une histoire et une identité autre. Puis, il trouve un immense goût dans l’éloignement de sa vie propre. Il peut tout faire au sein du virtuel, même l’image, il peut choisir la plus belle de toutes les images qui existent. Chaque fois qu’il se sent malheureux, il se penche sur le virtuel, et son bonheur revient soudainement. Hélas !
Attachement total sans abandon que l’homme et le virtuel. Les gens aiment le repli. L’arrivée de la technologie a favorisé la réalisation totale du vrai sens de l’isolement. Solitaire plus que jamais, l’étant dont nous parle Heidegger est le fruit de l’oubli. Devant la machine, il se trouve pour observer sans pouvoir y accéder, parce qu’en virtuel, tout est intouchable. Solitaire et son vrai amour s’appelle : un virtuel. Un ami virtuel, une information virtuelle, une fête virtuelle, un groupe virtuel, et tout le rempart de ses yeux se nomme virtuel. Comment peut-il vivre loin du virtuel s’il y est attaché le jour entier sans renoncement?
Le monde est tout à fait autre. D’une analyse du virtuel, il n’est certes pas question. Montrer jusqu’à quel point le virtuel est devenu l’essence de l’être humain, voilà de quoi il s’agit en gros ! Toutefois comment est-ce qu’il est devenu admissible partout?
Quotidiennement, on confronte le virtuel sans pouvoir y dire non ! Devenir l’homme révolté (dans le sens camusien) est une nécessité pour accéder au sens du virtuel qui est en train de se dissoudre dans nos vies comme si l’on en avait besoin plus que le touchable. Et par ni l’amour, ni la haine, on doit penser au virtuel pour pouvoir l’analyser, mais surtout par une critique objective.
Un seul et simple coup d’œil sur ce qui se passe à l’intérieur de l’écran peut vous dire toute l’histoire. Tout est actuel, et, malheureusement, tout est virtuel. Et chaque fois que l’information passe, on n’a pas besoin d’y revenir. Elle devient dé passable. Pour dire les choses autrement : l’arrivée de la technologie a favorisé à l’homme l’accès total et facile, voire très vite à l’information, sans aucun doute, mais il rend les gens attachés totalement avec la norme de l’époque : le suivisme volontaire.
Telle est la prérogative du monde virtuel : des individus complètement détraqués, incapables de sortir de leur repli total, ils souffrent volontairement. Ils savent que ce monde est, bien, le synonyme d’une absence totale de la sensation. Et, ils savent, aussi, que sans la sensation, ils ne peuvent plus continuer. Malgré cela, ils résistent sans cesse face à leur propre goût. Ils résistent contre la sensation, pour le virtuel. Voilà un drame ontologiquement inextricable, un drame où les solutions existent facilement : un seul débranchement de la machine suffit pour ainsi se déconnecter ; mais peut-on se déconnecter?
Le besoin fait naître en l’être humain une envie d’excessive et incessante recherche d’une justification. Chaque fois qu’on ne trouve pas la réponse, on viole n’importe quelle réponse ; hasardeuse, peut-être, pour remplir ce vide écrasant qui nous emplit. Dans le monde de la technologie, tout se veut une échappatoire de la réalité vécue. Les hommes quêtent à agir, souvent, mais leur réalité est grise, ils veulent en dépasser, et c’est très difficile en fait, voire impossible dans un monde qui ne pense qu’au sein du succès ; l’échec est l’ennemi du monde moderne. Au moins, un succès dans le virtuel sera mieux que rien. En tout cas, il y a un succès qui tuera le vide accablant dont on souffre tous. Remplacer le monde de la technologie par une autre a besoin de remplir le vide par une autre chose plus fondamentale et favorable.
Dans le virtuel, vous pouvez tout faire. Créer, imaginer, et faire éloge à soi ; chose tout le monde l’aime. Vous pouvez même changer votre identité, votre société, et même vous pouvez habiter là où vous voulez. Il n’y a pas de contraintes, ni frontières. Prolifique. Tout est permis en virtuel.
Comment jeter un regard critique sur ce dont on bénéficie tout le temps? Il est difficile, ami. Surtout parce qu’il y a volonté, par les pouvoirs, de rendre logique ce dont on souffre actuellement. Ils veulent qu’il soit implausible de vivre loin du virtuel, proche de ce qui se passe à l’intérieur du monde touchable. En tout cas, il y a plusieurs méthodes d’endoctrinement pour rendre plus accessible ce mode de vie, et plus agréable.
Il suffit d’ouvrir ce monde virtuel pour ne plus le quitter, parce qu’il est flexible et souple plus que la réalité effective. Érotiser la technologie par mettre un lien commun entre tout le monde, est la chose qui pousse la plupart des gens à ne pas se débrancher. L’érotiser en mettant tout entre ses mains, dans une seule clique. L’érotiser en mettant toute l’information au sein d’une boite : bibliothèque électronique. L’érotiser en rendant l’accès à l’information très vite, sans aucun effort… Tout cela n’a qu’un seul but : ne pas se guérir du virtuel.
Entre le réel et le virtuel, l’homme perd les propres règles de sa vie. Il ne sait pas comment peut-il accéder à un lieu paisible. En contraste perpétuel, le réel et le virtuel tracent une nouvelle identité de l’homme totalement déchirée et pleinement tiraillée. Une nouvelle vie apparait différente dans ses mécanismes et ses instruments. Jeter plus qu’hier dans l’oubli, l’homme, attaché au virtuel, se croit un créateur, pourtant ce n’est qu’en illusion que se passe toute sa création. Et c’est extrêmement malheureux.
« Que peut l’écrivain? » Murmura Sartre un jour. « Que peut-on faire? » Répéta un kantien avec une désolation totale. Agir, créer, produire un autre monde , inhabituel, en tout cas un monde où l’homme est gouverneur de ses propres plaisirs, un monde où l’homme peut choisir son chemin sans contrôle, ni érotisation et confiscation !

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