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L’altérité aux femmes

Par : Abdelouahed HAJJI

La femme dans les sociétés an-historiques pour reprendre le terme de l’historien marocain Abdallah Laroui est sans doute une subalterne qui occupe un second rang après l’homme. Dans ce même sens, la femme se réduit à son corps. Lequel constitue l’espace de choc et du malheur. Le corps de la femme représente une aventure pour l’homme. Dans la même optique, le corps féminin est, pour la famille, un corps indésirable, car il apporte le malheur à toute la famille.

En matière de littérature plusieurs exemples ont été donnés à commencer par le personnage de Tahar Benjelloun Ahmed-Zahra qui est une femme obligée d’être un homme, rendant un service à la famille qui n’est autre que la conservation de l’héritage familial. Ce même personnage subit alors une transformation de son être tout en devenant un homme qui a un corps féminin. Son corps lors de la mort de son père se révolte en demandant son droit à la féminité.

En résumé, la femme souffre de la suprématie masculine. Ceci dit, la femme occupe une place marginale dans la réalité ainsi que dans l’imaginaire. Or, la femme joue un rôle primordial au sien de la structure sociale. Elle est cette icône sociale qui s’engage dans le processus de la socialisation et de l’éducation. En cela, elle dépasse le premier rôle artificiel qui emprisonne la femme. De même, la femme est un être avant d’être une femme.

Simone de Beauvoir écrit à juste titre : « On ne naît pas femme on le devient. » Interprétant ces propos-ci, la femme n’est que femme que par le regard masculin qui désire dès lors massacrer la femme sous le voile de la tradition. Devant cette situation réductrice, la femme vit sous l’égide d’un malheur atavique. Effectivement, elle ne peut pas réagir, car l’ennemi vient de tout le monde. Tout le monde ici désigne les femmes ainsi que les hommes. C’est dire ici que les femmes contribuent dans l’enracinement de cette vision qui fait de la femme un sous-être. En d’autres termes, la femme n’est là que pour rendre un service à l’homme.

Tout cela dit que l’altérité dans ce sens n’est qu’une illusion. Car l’altérité stipule comme principe la reconnaissance inconditionnelle de l’autre comme différence. De ce fait, faire de la femme un subalterne qui ne peut pas parler représente un véritable obstacle devant cette reconnaissance inconditionnelle. L’altérité aux femmes en effet est une invitation de se réconcilier avec l’être féminin tout en le traitant comme on traite l’homme.

Dans ce stade, la femme se trouve devant l’obligation d’affirmer son être et de dire « Je » devant l’homme. Elle doit assumer sa responsabilité ainsi que sa liberté. Saisir les paramètres de l’altérité revient souvent à dire donner à la femme le droit de vivre en tant qu’un être autonome. De surcroît, l’homme reconnaît la spécificité de la femme en matière de corps et non pas au niveau de la pensée. S’il y a une différence entre l’homme et la femme c’est au niveau biologique et non pas au niveau de la pensée. Rappelons-nous dans ce contexte lors d’une journée d’étude à la faculté polydisciplinaire d’Er-Rachidia que l’écrivaine et psychanalyste marocaine Rita El Khayat avance qu’elle est un penseur au féminin.

Par cette affirmation l’écrivaine s’écarte de toute distinction entre l’homme et la femme au niveau de la pensée. Tous ces propos insistent sur le fait d’accepter la femme comme elle est. Cela empêche sa souffrance. L’altérité aux femmes encore une fois est un salut s’il est un mode de vie, car, il s’agit bien d’un enseignement à apprendre. Cet enseignement nous renseigne que la femme est une construction sociale. De là, il se propose un horizon de pensée qui nous demande des recherches approfondies afin de délimiter cette problématique enracinée dans l’histoire. Ces recherches qui vont ainsi libérer l’être de la femme de l’hégémonie masculine.

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