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Ait Hdidou préfèrent la liberté et fuient leurs Casbahs et leurs champs

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Imilchil n’était, en 1932, qu’un bled désert. Les casbahs voisines de la rivière avaient été abandonnées par leurs habitants, au moment de l’occupation du pays par les troupes du Tadla.

Durant l’été de l’an dernier, ces troupes avaient avancé jusqu’au plateau des lacs, qui doit son nom à deux nappes d’eau, couleur d’émeraude, dont les Berbères disent qu’elles sont le fiancé et la fiancée, Tizli et Isli. Au-delà, c’est la haute montagne aux cimes dénudées. Imilchil marqua l’extrême pointe de notre progression dans la vallée de l’assif Melloul.

On y installa donc un officier des affaires indigènes, qui eut la charge de tenir ouverte cette étroite porte sur le réduit de la dissidence. Le lieutenant Dennat choisit l’une des habitations indigènes pour en faire son bureau et son logis. Il fut architecte et maçon. Il tailla dans les murailles de pisé, consolida les toits de branchage et de boue, donna enfin à cette maison l’aspect décent qui convient à la demeure du chef. Gros travail qui occupa les courtes journées d’un hiver de sept mois. Il n’était guère question de faire du travail politique. Aux invites de Dennat, nulle réponse. Les gens d’Imilchil, sédentaires à semi-nomades, n’avaient rien laissé dans les casbahs qui put les retenir ou déterminer un prompt retour. Ils se désintéressaient de leurs champs, de leurs labours, préférant la liberté difficile dans la haute vallée à une paix qu’ils eussent payée par les servitudes. Eux aussi se nourrissent de légendes. La Présence Française ne signifie-t-elle pas contrainte, travaux humiliants ?

 Pour la fuir, ils avaient quitté sans regret leur bled fertile. L’an prochain, si les Français devaient avancer encore, ils les combattraient, et si Allah décidait de favoriser ces chiens d’infidèles, eux, hommes libres, se replieraient plus loin et plus haut encore. Tandis qu’on me conte par le menu les détails de la vie du lieutenant Dennat dans ce cirque de montagnes neigeuses, je la reconstitue sans peine. Je le vois, chevauchant avec les goums de Tassent, il l’affût d’un convoi ennemi, ou tendant des embuscades sur les pistes qui conduisent aux marchés, ou relevant des itinéraires, vérifiant sur le terrain les photos d’avions.

A l’autre extrémité de la tâche, à Anefgou, le lieutenant Sore, son camarade, fait le même travail minutieux. Il recense les armes de l’adversaire, recoupe les indications d’agents incertains et souvent doubles, note les noms de ceux qui ont l’autorité morale ou la fortune matérielle, ceux sur qui nous appuierons notre action, le, jour venu. Mais il y a aussi la vie des colonnes d’opération qu’il faut assurer. Sur la périphérie de la zone dissidente, dans chaque bureau des affaires indigènes, on mesure le débit des cours d’eau, le tonnage en bois de chauffage nécessaire à l’existence de plusieurs milliers d’hommes.

Rien n’est laissé à l’Imprévu. Quand la nouvelle lune déclenchera la marche en avant des divers groupes mobiles, les états-majors feront mouvoir les troupes en pays connu.

Imilchil est une base importante dont dépend l’existence du groupe que commande le général de Loustal. Avant d’aller flâner dans les rues de cette ville de toile et de bois, j’ai voulu en avoir une vue d’ensemble. Je suis monté sur la plate-forme d’une des tours du bureau des affaires indigènes.

Les champs d’orge vert ondulent jusqu’à l’oued qui en entretient la frai- cheur. Le camp est adossé à la montagne. C’est un vaste rectangle, long de plus d’un kilomètre, large de 500 mètres. Une murette de pierres sèches l’entoure. En arrière de celle-ci, les tentes bien alignées de la compagnie de garde, puis, serrés autour des marabouts coniques de leurs chefs, les divers quartiers, celui de la viande et du pain, celui de l’hôpital pour les hommes et de l’infirmerie pour les bêtes, celui de la poste et du trésor. Le parc à autos et les piquets des chevaux et des mulets, enfin la rue de la joie. La base a un commandant qui est le maire de la cité éphémère, mais un maire à compétence étendue qui exerce son autorité sans rencontrer de résistance. Il vit, lui aussi, sous la tente ronde. B a son bureau d’où partent les notes comminatoires et où viennent aboutir les récriminations et les doléances. Il dispose de trois gendarmes qui sont la terreur salutaire de la troupe, peu accoutumée à voir au Maroc cet uniforme inquiétant. Des gendarmes, dépend la surveillance des mœurs, I1s ont la charge d’assurer le bon ordre autour de la rue de la joie et ce n’est point besogne facile. Les filles algériennes, marocaines, engagées de suivre les troupes en opération, obéissent aux disciplines sévères de matrones puissantes. Mais le soldat indigène en campagne a l’oreille chaude. Il est volontiers frondeur et n’a de respect que pour son chef immédiat n’est plein de dédain pour tout ce qui ne porte pas son bouton. Le vin, échauffé par le transport et le soleil, monte très vite à la tête. Dix mots, trois injures, et c’est la bagarre. Alors les gendarmes entrent en jeu. Mais ils ne suffisent pas toujours et quelques têtes à panser du côté de l’infirmerie, une amende pour la matrone et tout est dit.

La rue de la joie est aussi habitée par les soukiers, marchands audacieux à qui ni la distance ni les balles ne font peur. Un soukier est grec, ou maltais, ou espagnol, lorsqu’il vend des produits dignes du goût européen d’une clientèle musulmane fidèle au thé, aux épices et aux dattes séchées, autour des comptoirs fragiles, faits de caisses accumulées, les soldats fraternisent. Ils content des histoires, ces histoires d’aventuriers, toujours les mêmes et sur lesquelles le temps n’a point de prise. Chacun défend son régiment, le premier de tous le seul Un orgueil enfantin, mais assez émouvant, né de l’esprit de corps, tient lieu de dignité à ces hommes dénués de tant de choses. Les voici mêlés, confondus, st voisins malgré la race et la couleur, ces français, ces légionnaires, ces musulmans et ces sénégalais, y seront de nouveau, grimpant péniblement sur les pitons, les pieds endoloris et la nuque lourde. Ce soir de 14-Juillet, le hasard, auquel ils soumettent si volontiers leur vie, les a conduits à la base. Heureuse détente dont ils profitent apparemment Ils sont gais. Le gros vin leur vient en aide. Secrètement, les Algériens eux-mêmes en dépit de la loi en ont bu de pleins quarts, tandis que les Marocains, plus pieux, murmuraient lahchoumia, :la honte

Dans celui des souks qui est le plus confortable, parce que son propriétaire, suivant les colonnes depuis dix ans, a gagné beaucoup d’argent, trois maréchaux des logis de goumiers font honneur A un Champagne étrange auquel ils ne demandent que de pétiller. Ce sont de beaux soldats. La même vie leur a façonné des visages identiques, dénudant la carcasse, allégeant les joues, creusant les orbites au fond desquels luisent des yeux prompts. Est ne parlent guère. Un mot, une phrase et son écho « Il fait bon. Puis l’un d’eux dit :  J’ai perdu trois chevaux de mon peloton. Et tous trois estiment que rien au monde n’est plus grave. On me dit que ce sont de fameux baroudeurs des cavaliers intrépides que rien n’arrête. J’ai connu beaucoup de leurs camarades, paysans français que le service avait conduits au Maroc, que le Maroc a retenus, ouvriers gouailleurs, versés on ne sait pourquoi dans la cavalerie, que l’escadron et sa vie disciplinée ont tôt lassée et qui ont demandé à encadrer les goumiers, payant de plus de danger une liberté accrue.

A les entendre, dans cette conversation qui traîne sans jamais se relever, on les prendrait pour de braves guerriers inintelligents, mais leurs visages démasquent le fond d’eux-mêmes, tout ce que les mots n’expriment point. Ils ne se soucient guère de traduire ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent. Mais je sais bien que leur vie privée est la plus honnête que fût

Le soir même, comme ils dînaient en famille, la Brabant donna un grand pli timbré d’un large cachet rouge à la Garde au Cœur, qui rompit la cire, déplia la feuille et dit, après avoir essayé de lire

Corbleu quel gribouillis Je n’y comprends goutte., et mes besicles sont dans ma chambre. Lis-moi ça, fillette!

Mieke prit ta lettre et lu : De Paris, en notre hôtel, Rue de Ce 30 de Septembre 1816.

Monsieur le maître, (j’ai supprimé la lettrede cette archive, car incomprise , sans toucher au contenu NDLR )

Rien ne subsiste en eux de ce qu’ils furent autrefois. L’Afrique a opéré sur eux cette transmutation mystérieuse laquelle nul n’échappe. Elle a agi sur le cœur privé de tendresse sur leur esprit voué aux longues solitudes, affluant, burinant ces aines comme elle Travaillait les corps. Nul superflu. Ils sont aigus, trempés, droits comme les lames de leur sabre. Ils ne connaissent qu’une consigne bien servir. L’ayant acceptée, ils ont trouvé la plus grande paix. Ils sont aussi des chefs. Sans doute, ils ne participent point à la mystique qui anime les jeunes officiers. Mais l’exercice du commande- ment, la responsabilité de vies humaines englobent singulièrement les êtres les plus simples. Ces maréchaux des logis, galopant en tête de leurs pelotons verra la cime couronnée de fusils, ne se paient pas de mots, mais devant leurs hommes, des musulmans, ils veulent être le Français, un modèle.

Je suis resté auprès d’eux jusqu’à ce que le plus logé eût dit, Il est temps de partir.  Lourdement, roulant d’une jambe sur l’autre, ils ont gagné la face sud du camp où leurs cavaliers les attendaient, allongés sur le ventre, la rêne de leur monture passée dans un bras.

Les goumiers ont sauté en selle. Les chevaux se cabraient, tenus durement. La nuit était encore loin, mais déjà l’air était plus frais. Les maréchaux des logis se sont drapés dans leurs burnous bleus, puis, d’un pas dansant, le détachement a pris la piste de l’avant. Deux hommes chantaient la monotone ritournelle des goumiers ! en patrouille.

C’est le soir du 14-Julllet. Rien n’a marqué la fête dans cette journée semblable aux autres, emplie, de l’aube à la nuit, par les corvées, 1es démarches, les soins. Mais la soirée sera gaie. Les gendarmes l’assurent, qui ont fait renforcer le piquet de police. Les fourriers ont payé le prêt. Cela fait des dizaines de francs dans la poche de chaque homme, de quoi faire quelques bêtises. Les soukiers ont allumé les becs d’acétylène, les filles leurs lanternes et leurs réchauds. Sous les tentes, beuverie silencieuse. J’ai été chez les légionnaires qui avaient pris, pour eux seuls, une des boutiques, à la demi-satisfaction du patron ils allaient bien boire et payer correctement, mais qui le défendra lorsqu’un des légionnaires, Ivre et cafardeux, décidera de démolir le comptoir et de briser les bouteilles. Ils sont dix. Allemands pour la plupart. De dures têtes calcinées et des yeux audacieux. Pas pins que les goumiers, ils n’ont envie de parler. Ils boivent religieusement des litres de gros vin rouge. Un jeunot, au poil roux, évoque les précédentes journées. Il nomme son colonel. Richert, avec dévotion. Approbation unanime que résume un caporal, en disant c’est un vrai légionnaire.

Tout à l’heure, devant l’autre comptoir, je respirais l’air des goumiers. Un air d’allégresse, de profonde sérénité. Les paroles n’étaient pas plus nombreuses, mais leur résonance était cuite. Ici, la tristesse est tapie au fond des cœurs. Rien ne l’exprime, mais elle alourdit l’air. Ces hommes sont venus d’Allemagne, de Russie ou de Belgique, laissant derrière eux un monde qui ne les satisfaisait point. Ils ont cherché l’aventure, la légion leur a, offert un aspect, mais mesuré, ordonné. Sont-ils « courageux » . Je les connais bien ces garçons courageux et secrets que rien ne peut contenter, sinon les heures de combat où le danger les délivre au dixième litre de vin, ils seront gâtés, d’une terrible gatte sans profondeur, qu’un geste, un mot, crèvera comme une bulle de savon pour leur rendre leur solitude.

C’est le 14-Juillet, fête nationale, dit un géant à la face balafrée. L’an dernier, à la même date, j’étais au baroud. J’ai eu chaud. Et de nouveau le silence, les quarts vidés et emplis.

Si l’on chantait ? Le chant, ce qui peut le mieux les ramener au pays du souvenir. Ha chantent, unissant des voix justes, ce beau chant allemand qui exalte l’amitié des merceries Ich hait kamerad : J’avais un camarade.

Le Boulder est rassuré. Les légionnaires ne casseront rien. Un clairon sonne lentement. La nuit est sur le camp. Les feux achèvent de s’éteindre. La brise vient du nord chargée de l’arôme des cèdres. G. M.M. Paul Perrin va visiter les installations de l’Aéropostale M. Paul Perrin, député, chargé par la commission de l’aéronautique de la marchande, partira samedi, au matin, pour visiter les installations de France en Espagne et en. Afrique, jusqu’à Dakar (A. O. F.).

D’après le récit de Georges R. MANUE.  Le Petit Parisien (Paris), date d’édition : 1933-08-03

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